Tempêtes et verre de toaka gasy

Vue imprenable des bas-cotés de la planète, à Antananarivo.
Billet classé dans la catégorie : monde

lundi 31 mai 2004

[ 00:04  ] Quelle mouche nous pique ?

Plus j'entends parler de "principe de précaution", et plus je l'assimile au sabir de bûche.

Comment croire qu'il y ait une seule activité humaine qui n'entraîne un risque ? (c'est aussi valable pour l'inactivité humaine d'ailleurs...)

Au risque de radoter, et sans prétendre faire concurrence à la chimiste de service (la chimie orga, c'était un de mes cauchemars...), je vais me répéter, car contrairement à Infinity, je ne suis point dans un pays où le paludisme est éradiqué.

J'avais signalé en Avril un article du New York Times défendant l'usage du DDT en pulvérisation à l'intérieur des habitations.

En bons francophones, mes trois lecteurs n'ont sans doute pas lu ; il me faut donc signaler dans Libération un article sur le même sujet :

«Non seulement Rachel Carson avait tort dans ses prévisions, mais les bénéfices du produit pour la santé publique ont, du coup, été complètement négligés», tonne Richard Tren, de la fondation Africans Fighting Malaria.

(...)

La vaporisation de DDT dans les habitations est, il est vrai, de seulement 2 grammes par mètre carré. Rien à voir avec le largage de tonnes entières de cet insecticide sur les champs américains.

Maureen Coetzee, spécialiste du paludisme à l'Institut national pour les maladies transmissibles d'Afrique du Sud, reconnaît que le DDT est «un poison qui a une durée de vie importante et qui a été retrouvé dans le lait de mères allaitant. Mais s'opposer à son utilisation dans les pays en développement est inapproprié», estime-t-elle. «Si vous donnez le choix à une mère entre avoir une petite quantité de DDT dans son lait ou voir son bébé mourir du paludisme, a-t-elle vraiment le choix ?» ajoutait-elle récemment dans une interview à l'agence de presse sud-africaine Sapa.

(...)

Les écologistes eux-mêmes approuvent discrètement son utilisation dans le combat contre le paludisme. «Le recours au DDT ne nous plaît pas, mais nous comprenons qu'en l'absence de solution de rechange, il doit être utilisé en quantités très limitées», confirme Rob Little, directeur du WWF (Fonds mondial pour la nature) pour l'Afrique du Sud.

N'empêche que depuis le 17 mai, le DDT fait partie d'une liste de "12 salopards" que la convention de Stockholm se propose d'éliminer aussi radicalement que des armes de destruction massive.

Madagascar a ratifié ladite convention, mais heureusement en obtenant une dérogation spécifique de 10 ans pour le DDT.

Au passage, une autre grosse râlerie contre les médecins des pays dits avancés qui supposent qu'un pays de presque 600 000 km2 est complètement homogène et qui prescrivent systématiquement de la méfloquine en guise de prévention au moindre touriste qui se pointe à Madagascar...

Ce qui doit pousser les praticiens locaux à se taper la tête sur les murs en se demandant doctement si l'amnésie fait l'objet de travaux pratiques dans les facultés occidentales.

Lors de mes dernières vacances, passées en compagnie de deux amis suisses, ceux-ci se payèrent les désagréments fréquents liés à la prise ce médicament pour nantis : hallucinations, légère dépression...

Cela n'empêcha pas l'un d'entre eux de goûter aux plaisirs douteux d'une bonne crise de palu (croyez-moi, le palu, ça fait du bien quand ça s'arrête).

Le plus proche médecin de campagne le soigna avec une prise unique de sulfadoxine-pyriméthamine made in India, accompagnée de paracétamol et de vitamine C.

Le prix de ces soins parfaitement efficaces explique largement le déficit des caisses de sécurité sociale helvétiques : 23 000 francs malgaches pour la visite à domicile et les trois médicaments.

Comme quoi, la rusticité a du bon.

Quant à la dernière petite merveille dont tout le monde parle, l'artémisinine extraite d'une plante chinoise, il est à craindre que son mode de prise (24 comprimés en 3 jours) n'entraînerait trop de monde à ne pas achever correctement son traitement dans nos contrées radines par nécessité...

PS : l'automédication est dangereuse.

PPS : Décodage nécessaire suite à la demande populaire : sabir de bûche = langue de bois.

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