Sous la Croix du Sud

Ahaneur d'octets austraux depuis 1998
Billet classé dans la catégorie : madagascar

jeudi 24 février 2005

[ 06:58  ] Andravoahangy Hilton

(euh, rassurez-vous, habitants d'Andravoahangy, vous n'y êtes sans doute pour rien, mais ce quartier commerçant me semble un contrepoids satisfaisant à Paris).

Laura vous le confirmera, Antananarivo est la ville du drive-in.

Les hasards de nos embouteillages légendaires vous permettent d'acheter au choix et en vrac journaux du jour, cartes de recharge de téléphones, lampes de secours, fausses Ray Ban, trousses à outils made in Indonesia, housses à vêtements en authentique plastique siglées "Made In France", et sans doute pas mal de regrets éternels pour ne pas avoir su distinguer entre bonnes affaires et innommable camelote.

Tout ceci grâce à des VRP dont la résistance au soleil et à la pluie relèguent Séraphin Lampion au rang de petit bras de la vente, et ce même si leurs voyages à eux se limitent à l'arpentage incessant des rues encombrées en essayant (faute de couverture par les assurances Mondass) de ne pas se faire écraser par les voitures des clients potentiels.

Ces messieurs (quoiqu'il y ait quelques dames qui font la même chose en tout bien, tout honneur) font la rue, et pas le trottoir. N'empêche que deux métiers géographiquement voisins devaient un jour se télescoper.

Aussi je ne m'étonnais point trop lorsque que l'un de ces Fridolin Kiesewetter approcha l'automobiliste ennuyé que j'étais :

Ahoana, interessé ve isika amin'ilay porno Gasy ?.

Vous les petits jeunes, je ne sais pas, mais en ce qui me concerne, sur le coup des huit heures du matin, les propositions de VCD pornographiques, fussent-elles avec des pseudo-stars locales (quoique dans une chambre d'hôtel, la lumière vient plutôt d'ampoules électriques) ne me motivent qu'à moitié. C'est à peine plus excitant que les propositions de trafics de devises étrangères ou d'approvisionnement en graines de cola qui m'ont été récemment faites alors que j'étais benoîtement au volant de mon véhicule (note pour soi : il faudra arborer le look Joerg Haider mâtiné de Christine Botin si tu veux pouvoir écouter la radio tranquille).

Je déclinais donc poliment la généreuse offre culturelle, et ne prêtait pas trop d'attention au prénom avancé comme argument de vente ("Ah, il y a déjà des vedettes reconnues, dans ce business" me suis-je quand même dit in petto). C'est à peine si je remarquais avec lassitude que le vendeur n'avait pas plus que les autres intégré le passage à l'Ariary pour vanter sa super promotion : "Quinze mille fotsiny anie !".

Ça, c'était il y a quelques jours. Bien avant que les parents d'une célébrité locale ne commencent à approcher les journaux pour dénoncer que quelques images de leur chère et tendre jouvencelle, tournées dans un contexte qui devait rester strictement privé, avaient été intégrées sans autorisation dans cette vidéo pas spécialement destinée aux puritains.

Il semble que cela est en train de devenir une spécialité locale : personne ne semble vouloir savoir ce qu'est une autorisation de publication.

Dommage, car un des charmes de ce pays est la facilité avec laquelle les personnes se laissent tirer le portrait. Une ou deux autres histoires comme cela, et on parlera de cette facilité au passé. Et tout le monde prendra à la lettre mon conseil : «Méfiez vous de vos "amis" (et accessoirement des photographes et cameramen)...».

La police est intervenue depuis pour saisir les cassettes litigieuses, mais le microcosme local étant ce qu'il est, je crains comme sipakv que cela ne soit un peu tard.

Je ne désespère pas cependant de la capacité de notre petite société à soit oublier, soit relativiser et évoluer. Les filles d'ici peuvent avoir des défauts, mais le style "bimbo héritière" ne s'y porte pas trop.

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