Sous la Croix du Sud

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Billet classé dans la catégorie : madagascar

lundi 27 décembre 2004

[ 03:47  ] Feo Gasy

Passer Noël à Antananarivo, ça peut donner le sentiment de surfer entre royaume des commerçants et république chrétienne.

Comme quoi toute puissance est relative, la force de frappe des teneurs de tiroirs-caisses, même passablement écornée par la dévalorisation de la monnaie, est plus visible en ce mois de décembre 2004 que celle des religieux.

Reste à espérer pour m'éviter de futures migraines que ces entités ne fricoteront pas trop ensemble ; il faut en effet préciser qu'il n'y a pas qu'à Washington que les hommes politiques peuvent être des businessmen non repentis pratiquant la bondieuserie. Il peut en découler des rapports que l'on qualifiera au choix d'incestueux ou de zoophiles, mais qui ont comme caractéristique principale d'être non protégés.

Heureusement, Vendredi soir, rien de tout ça : les chefs, pour une fois, c'étaient les enfants. Bon, à la messe, j'ai bien remarqué le Premier Ministre (et j'avoue avoir apprécié les flics qu'il traînait avec lui pour ordonner un peu la circulation et le stationnement des 4x4 de tous ce beau monde), des ambassadeurs, et tous les proféreurs de "salut, comment tu va ?", mais enfin, ils rayonnaient bien moins que la princesse aux joues rondes et à la robe blanche un rien recyclée qui était sur le même banc que moi.

J'aime bien cette messe de la nuit de mon quartier. "Messe de la nuit", et non pas "messe de minuit", car par compromis entre les masses laborieuses couche-tôt et les collets-montés des soirées chics, elle commence à 20 heures. Horaire idéal, l'orage traditionnel s'est produit juste avant pour rafraîchir la soirée, et ce n'était pas un luxe, vu l'affluence.

J'aime cette messe, peut-être parce qu'elle fait les pieds d'un certain nombre d'expatriés qui ne se donnent pas la peine d'apprendre ne serait-ce que quelques mots de malgache.

En temps ordinaire, à Antananarivo, ça ne leur pose pas trop de problèmes : je soupçonne d'ailleurs qu'il est plus confortable pour eux de dormir pendant une séance de discours officiels lorsqu'on n'y comprend goutte, que de devoir faire mine d'être attentif sur le fond.

Mais comme cette messe est mixte, tant socialement que pour ce qui est des nationalités, on y chante sur les mêmes airs de cantiques alternativement un couplet en langue malgache et un couplet en langue française. Ça donne par exemple :

Ny anjely any an-tsaha, miventy hira vao nataony
Ny akon'ny tendrombohitra, manaraka izao hira izao :

Gloooo-oooooooooooooooo-oooooooooooooooooo-ria, in excelsis Deo
Gloooo-oooooooooooooooo-oooooooooooooooooo-ria, in excelsis Deo

Ils annoncent la naissance du Libérateur d'Israël
Et, pleins de reconnaissance, chantent en ce jour solennel :

Gloooo-oooooooooooooooo-oooooooooooooooooo-ria, in excelsis Deo
Gloooo-oooooooooooooooo-oooooooooooooooooo-ria, in excelsis Deo

Et ça franchement, ça fait les pieds à certains expats... Car sans discussion aucune, même en latin de cuisine, sans qu'on ait besoin d'appeler à la rescousse les observateurs internationaux envoyés en Ukraine, les malgachophones chantent dix fois mieux que les francophones.

À l'exception notable de votre serviteur, qui tend à faire la confusion funeste entre chanter fort et chanter juste.

Heureusement que la petite princesse aux joues rondes et à la robe blanche un rien recyclée ne s'en est pas formalisé.

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