Quai Sud, 2 minutes d'arrêt

Ahanements d'octets austraux

mardi 27 janvier 2009

[ 07:18 ] Les feux du lucre

Les nouvelles qui vous parviennent d'Antananarivo vous paraissent inquiétantes ? Il y a de quoi, mais elles ne rendent compte qu'à moitié de la réalité.

Car après une nuit fort courte, la réalité, c'était aussi ce sentiment surréaliste d'être un dimanche, qui plus est un dimanche paisible, plutôt provincial.

Ce lundi, il suffisait le plus souvent d'être éloigné de 500 mètres des événements principaux pour voir des gens vaquer tranquillement à leurs occupations, pour apercevoir des familles avec enfants qui donnaient l'apparence de prendre le frais...

Parce que les gens ne percevaient pas la violence comme étant durable, parce que beaucoup d'indifférents ont des choses plus importantes à leurs yeux à gérer, parce que le malgache s'en remet facilement au destin ? Un peu de tout cela sans doute, mais plus concrètement parce que la circulation automobile très limitée a débarrassé Tana de la plupart de ses encombrements, de sa pollution et de son bruit...

Peut-être étions nous tous des Tananariviens blasés, mais en fermant les yeux cinq secondes, on avait l'impression qu'il ne se passait rien de particulier.

Mais ce sentiment devait se disperser très brutalement au fur et à mesure que l'après-midi avançait : on n'était plus seulement confronté à un problème politique, mais aussi à un énorme problème social. Se superposant à la pauvreté «ordinaire» à laquelle on est plus ou moins obligé de s'accoutumer pour survivre, les problèmes d'Athènes et des banlieues françaises se sont invités chez le tananarivien moyen.

Quelques points saillants des événements :

  • la fermeture de Viva Radio : effectuée par 200 à 300 hommes armés et cagoulés.
    Le groupe était composé d'éléments de la Garde Présidentielle, du Groupe de Sécurité et d'Intervention Spéciales (GSIS) mais très probablement aussi d'éléments étrangers (mercenaires sud-africains ?), arrivés dans l'après-midi de dimanche dans un avion arrivé d'Afrique du Sud.
    Dans leur précipitation, ces éléments allaient neutraliser l'émetteur de Radio Viva, mais aussi endommager les émetteurs de la radio et de la télévision nationales (RNM et TVM), privant de fait les deux groupes opposés de leurs moyens de communications principaux.

  • le nombre de manifestants : je n'ai pas plus le compas dans l'oeil que Ratsiraka, et ne disposait pas du même point de vue géographique ce Lundi et le Samedi précédent, mais il me semble néanmoins qu'il y avait beaucoup plus de monde sur la place du 13 mai le Samedi que le Lundi.
    Les grands médias internationaux me semblent sous-estimer l'importance de la foule du Samedi et sur-estimer celle de la foule du Lundi matin. (je ne me prononce pas sur les foules du Lundi après-midi, beaucoup plus dispersées).

  • dès 9 heures, une personne spécialiste de sécurité/sûreté et qui a forcément l'oeil bien plus aiguisé que moi me fait remarquer qu'une proportion anormale des personnes se rendant sur la place du 13 mai était équipée de sacs à dos, et qu'il était donc probable que beaucoup espéraient profiter de pillages à venir.

  • quelques minutes après avoir appris que les manifestants allaient au palais de Justice et sur le site sur la Route Digue en cours de remblaiement, je réalise que les véritables objectifs sont vraisemblablement les studios de RNM/TVM et ceux de MBS.
    Et pour la RNM, à proximité de laquelle étaient positionnés de nombreux éléments des forces de l'ordre, cela signifiait que celles-ci avaient peut-être basculé dans une neutralité bienveillante.

  • après les incendies de la RNM (apparemment pas de la TVM), l'hypothèse d'un coup d'État militaire à venir prenait à mon sens beaucoup de crédibilité.

(billet à suivre...)

Dernière mise à jour :
27/1/2009 07:21

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