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lundi 21 mars 2016

 « Un arbre fait pousser un homme » (Malthus)

Aujourd'hui est la journée internationale des forêts.

À cette occasion, je reprends un extrait d'un article paru en 1914 dans le journal « Le Tamatave », sous le titre « Les tavy et le reboisement », retrouvé via Pierre Maury.


Si on réfléchit un instant à l’action bienfaisante des forêts, on sera bien vite convaincu que cet aphorisme, – d’apparence paradoxale, – n’a, en effet, rien d’exagéré.

Les forêts, en dehors de leur valeur intrinsèque, ont pour principale fonction de maintenir l’égalité du climat, de l’atmosphère, de régulariser les pluies, d’empêcher, par les racines des arbres et les plantes de sous-bois, l’écoulement trop rapide des eaux de pluie et de permettre au contraire à celles-ci de s’infiltrer dans le sol et alimenter ainsi le débit des sources qui pourvoient la région d’eau potable.

En outre des revenus directs que donnent les forêts par des coupes réglées, celles-ci, par leur abri, favorisent la formation de pâturages très riches qui servent à l’alimentation et à l’élevage de troupeaux de divers animaux. Ceux-ci à leur tour fournissent leur viande, leur lait, leur beurre, leur fromage, leur toison, etc., aux populations environnantes, et leur apportent ainsi la vie et même l’aisance.

Supprimez les forêts, du même coup vous supprimez l’égalité dans le climat, la régularité dans les pluies, et les sources tarissent.

L’électricité que la chaleur accumule dans l’atmosphère ne trouve plus à s’écouler dans le sol par l’intermédiaire des cimes des grands arbres. Elle s’accumule dans l’air et donne naissance à de violents orages qui jettent des trombes d’eau sur les montagnes et collines dénudées. Ces eaux ne trouvant rien pour les retenir, au lieu de s’infiltrer dans le sol pour alimenter les sources, se précipitent, entraînent la terre végétale qui recouvre le sol, laissant à nu les rochers ainsi que le sous-sol infertile, et vont inonder les plaines, en débordant de leur lit qu’elles obstruent des débris entraînés par elles. L’habitant des montagnes est ruiné parce qu’il ne lui reste plus rien pour alimenter ses troupeaux et s’alimenter lui-même, et l’habitant de la plaine est également ruiné, parce que l’inondation a enlevé son habitation, ses troupeaux et anéanti ses récoltes, quand lui-même n’y a pas trouvé la mort.

Qu’on ne s’imagine pas que c’est là un tableau dû à la seule imagination. L’Espagne ne doit pas à une autre cause sa dépopulation et la ruine de ses campagnes.

Certaines îles espagnoles du groupe des Canaries ont dû être complètement abandonnées par leurs habitants, parce que le déboisement total qui y avait été pratiqué avait fait tarir les sources, les pluies elles-mêmes avaient cessé, et la vie animale y était devenue tout aussi impossible que la vie végétale. Les Espagnols, et avec eux les Arabes, sont des dévastateurs de forêts par excellence.

La France elle-même a vu ce fléau sévir sur divers points, et notamment dans le Dauphiné dont certaines régions ont dû être abandonnées par leurs habitants à la suite d’un déboisement inconsidéré. Tout le monde sait ce qu’il en a coûté de travaux et d’argent pour arrêter le fléau et reboiser cette contrée.

Il n’est donc pas paradoxal l’aphorisme de Malthus : un homme pour un arbre, d’où il est permis de conclure que le déboisement est un crime commis contre la nature et par suite contre l’humanité.

Dernière mise à jour :
21/3/2016 19:28

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