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Dimanche 19 avril 1998

Cette chronique est exceptionnellement rédigée de Paris... d'où un ton peut-être un peu plus bougon que d'habitude... Porterons-nous cela sur le compte de la météo, ou sur celui des français ;-?

Il est toujours rassurant d'avoir quelques repères. On se rend compte plus rapidement que l'on est en France lorsqu'on est accueilli à la gare du RER par un panneau indiquant : "En raison de mouvements sociaux d'une partie du personnel, le trafic sera perturbé les 19 et 20 avril. ", et lorsque dans la rue, on relève que les voitures sont sales. Pendant des années, on a subventionné les achats de nouvelles voitures, mais proposer ou accepter des services pour les garder propres semble toujours aussi indigne... C'est la tradition du pays de Colbert. Dans le même temps, on s'habitue à voir des clochards dans le métro. Désormais, ils sont tellement désabusés qu'ils ne font même plus la manche... Dans une certaine mesure, c'est le retour à la normale... et oui, les repères, c'est stable...

Ces repères ne sont valables que pour la France métropolitaine. Savoir ce qui se passe dans le reste du monde est quasiment impossible à Paris... Les journaux télévisés sont tout ce qu'il y a de plus franco-français, et il n'y a que deux radios internationales (RFI et Africa n.1) parmi toutes celles qui hantent la bande FM parisienne. Comme elles sont basées elles-mêmes à Paris, il ne faut pas trop leur demander de distiller un ton très différent. Indigne d'une ville censée être une métropole mondiale, ce qui vous donne envie de rentrer vite fait à Tana, pour retrouver VOA et BBC et tenter d'échapper à la pensée provinciale unique...

Par contre, Paris a l'avantage sur Tana en matière de cinéma. Je parle bien de cinéma, c'est à dire de communion avec une petite foule dans une salle obscure, et pas de regarder une version pirate de Titanic à la télé (mes lecteurs de Madagascar me comprendront sans doute). Si vous avez donc la chance d'approcher une salle de cinéma, je peux recommander trois films pour cultiver intelligemment vos angoisses : "Midnight in the garden of good and evil" (Minuit dans le jardin du bien et du mal) de Clint Eastwood, "Le septième ciel" de Benoît Jacquot, et le plus dérangeant des trois, "Kissed" de Lynne Stopkewitch.

Les trois toiles en question ont en commun de mettre en évidence de sacrées transgressions, et surtout dans le cas de Kissed dont le thème sent le souffre (une jeune femme nécrophile travaille dans une agence funéraire), en vous frustrant des images auxquelles vous vous attendez, réussissent à vous faire douter de votre propre correction politique. Ces trois films partagent aussi la caractéristique de mettre en évidence des instants décisifs, au sens où aurait pu l'entendre Cartier Bresson, sauf que Cartier Bresson a rarement pu pénétrer précisément à l'intérieur des esprits des gens pour montrer l'instant où ils basculent...

Illustration de ce genre d'instant : vous vous réveillez dans un avion, donc de mauvaise humeur... Vous vous rendez compte qu'on projette un film... Pas de son... Vous décidez d'arrêter votre emploi du temps en fonction de ce qui va se passer sur l'écran... "Si ça tourne bien à l'issue de cette scène, je fais ceci, si ça tourne mal, je fais cela... ". Il se trouve que ça tourne bien dans cette scène là de ce film précis ("As good as it gets" ou "Pour le pire ou le meilleur" de James L.Brooks avec Jack Nichoson et Helen Hunt), mais bizarrement vous vous dites : "Et merde... ", et vous vous rendez compte que vous êtes mûr pour la politique du pire...

Je renonce à parler ici de l'Allemagne et de Frankfurt, dont je n'aurai pour l'essentiel vu qu'un aéroport, un hotel et une banque... si ce n'est pour dire que c'est une douce contrainte d'avoir à parler anglais. Really, my dears.

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