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Jeudi 26 mars 1998

En Indonésie, Suharto semble toujours faire de la résistance face au FMI... Il y a vraiment du malgache dans cet homme là ! Être intellectuellement séduit par la belle construction d'un "currency board", mais faire comme si on ne se rendait pas compte des difficultés pratiques immédiates, voilà qui rappelle bien des errements du coté de l'Ikopa...

Du coup, l'Indonésie est sans doute le pays d'Asie où la crise financière est la plus intimement liée à une crise politique... Ce n'est finalement pas si fréquent. Les difficultés de l'économie réelle provoquent fréquemment des mécontentements politiques, mais les problèmes purement financiers ont rarement provoqué la passion des masses, mis à part l'exemple récent de l'Albanie. Ce sont toujours des situations délicates, car autant en finance, il est recommandé d'agir vite et de ne pas trop craindre d'être trop brutal (les marchés ont l'habitude de sur-réagir), autant en politique, un manque de pondération paye rarement... Et Suharto ne s'attendait visiblement pas à voir la classe moyenne manifester son agacement.

Deux gamins sans doute en proie à une peine de coeur auront donc permis de ranimer à nouveau aux États-Unis le débat sur la liberté d'achat et de détention des armes à feu. Évidemment, cela se serait passé en Papouasie Nouvelle Guinée, cela aurait fait bien moins de bruit (j'entends par là le tapage médiatique, pas les détonations des armes à feu). A preuve, des faits tout aussi inquiétants se sont produits au Japon et ont fait l'objet de beaucoup moins d'échos. Quand arriverons nous à vraiment reconnaître qu'en ce qui concerne les comportements aberrants, personne n'est à l'abri, et qu'une poussée de sauvagerie chez un européen ou un nord-américain n'est pas plus exceptionnelle qu'au Sud du Sahara ou dans le bush australien ?

Annulera, n'annulera pas ? En ce qui concerne le référendum constitutionnel à Madagascar, on ne saurait prédire le comportement de la Cour Constitutionnelle (j'évite dans la chaude conjoncture de l'heure de la désigner par les trop martiales initiales HCC), tellement celle-ci a su dans le passé récent justifier tout et son contraire, et qu'on est forcément enclin à ne voir en elle que la voix de son maître. Mais une chose est certaine : jamais un scrutin n'aura été aussi serré à Madagascar que celui-ci, ce qui tend à être la marque d'un pays où voter a réellement une signification, mais aussi, jamais un scrutin aura été aussi mal organisé au cours des dernières années, ce qui est au contraire la marque d'un pays où on se fiche de l'expression de l'opinion du citoyen comme d'une guigne. Apparemment, dans l'administration, certains n'ont pas encore bien réalisé les conséquences de choses aussi "simples" que la chute du mur de Berlin ou la télévision par satellite et les émotions collectives qui peuvent en découler. Les images d'Analakely ou d'Ankatso ont peut être fait penser à certains au Kossovo, à moins qu'il ne s'agisse du contraire ?

Ce désastre organisationnel entraîne en tout cas une incertitude, si ce n'est des suspicions, suffisantes pour motiver une annulation. Il n'est même pas besoin d'invoquer l'équilibre constitutionnel des pouvoirs pour ce faire : il suffit de se rendre compte, à la lumière des résultats collectés et diffusés par le pouvoir, que parmi les citoyens qui ont pu voter et qui se sont donnés la peine de le faire, ceux qui ont voté pour la modification de la constitution constituaient une minorité... Une démocratie peut-elle considérer que les votes blancs et nuls sont quantité négligeable, et imposer le choix de moins de la moitié des gens à toute la population ?

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