Accueil |  Humour | Macintosh | Print66 | Sélection | Éditeur 

Étonnements rapides et durables

Vue imprenable des bas-cotés de la planète, à Antananarivo.

dimanche 29 décembre 2002
[ 14:13:59 ] 

Je n'ai pas posté ces derniers jours en raison d'un décès dans la famille : notre oncle Zoky est décédé le jour de Noël à l'age de 79 ans.

En de telles circonstances, le chagrin est inévitable.

Mais une des choses que je trouve les plus précieuses dans la culture malgache est la façon dont elle prépare à faire face à la mort avec sérénité.

Zoky est mort très paisiblement, dans une grande sérénité, et cela a certainement aidé chacun des membres de la famille.

Le monde occidental a tendance à occulter au maximum le caractère inéluctable de la mort.

Certes, la violence est de plus en plus omniprésente dans les œuvres de fiction et jeux vidéo ; mais il s'agit de morts abstraites, et dans le même temps, la mort naturelle est soigneusement occultée, comme cachée dans les hôpitaux et maisons de retraite.

Pour la plupart des malgaches que j'ai pu interroger sur la question, cette façon de faire est incompréhensible, et est dommageable tant pour les mourants que pour les survivants.

Dans notre pays, il n'est pas rare qu'une personne âgée prépare elle-même à l'avance les détails de ses obsèques, en rédigeant son faire-part de décès, en sélectionnant les chants pour l'office, voire en achetant à l'avance des linceuls.

Le fait de rédiger ainsi des instructions pour ses obsèques peut répondre à des motivations antagonistes ; le souci d'avoir de belles obsèques peut ainsi contrarier la volonté de simplifier les choses pour les survivants.

Mais l'existence d'indications précises a le mérite de donner aux descendants l'assurance qu'ils rendent honneur à la mémoire du défunt de la meilleure manière possible, sans avoir à se poser trop de questions en ces moments où ils n'ont pas forcément 100% de leurs capacités.

Ces capacités, ils en ont quand même besoin. Il n'est pas vraiment possible de s'abandonner à son chagrin, et de laisser les aspects matériels à des spécialistes, même si ceux-ci se veulent les partenaires des familles.

Il y a du travail en ces circonstances : toilette funéraire, autorisations administratives, faire-parts, réception des visites de condoléances, préparation de la cérémonie religieuse, préparation de la tombe, logistique de transport, etc...

Après avoir appris que toute personne endeuillée passe par quatre phases :

je me dis qu'affronter toutes ces tâches aide grandement à ne pas trop s'attarder sur les premières phases... surtout lorsqu'on peut et que l'on doit s'appuyer sur la solidarité d'une famille étendue, amis, collègues et voisins dont la large mais bruyante présence vous empêche de broyer du noir.

Cette nécessaire solidarité fait que tout malgache est confronté très jeune à la mort.

Je plains ceux qui sont confrontés pour la première fois à la vue d'une personne décédée alors qu'ils sont déjà largement entrés dans l'age adulte. N'y a-t-il pas là des névroses qui se préparent ? Le fait de vivre dans un pays où pour pas mal de gens, l'espérance de vie est de 24 heures renouvelable , et où 79 ans est déjà considéré comme étant un très bel âge, a quand même quelques "avantages".

En ces circonstances, les rites et traditions ont du bon. Je ne prétends pas connaître tous les rites malgaches, et je ne les décrirais pas ici, car :

Mais il est clair, pour qui se donne la peine de réfléchir, que derrière la plupart de ces rites, il y a pas mal de bon sens et d'expérience.

Et pour certains points où je ne suis pas sûr de bien comprendre, je me dis qu'une part de mystère ne fait pas de mal pour le repos de l'âme des morts et des vivants. Et que là encore, il n'est pas mauvais d'avoir quelques repères pour ne pas trop avoir à réfléchir.

Tout en me félicitant que les traditions puissent évoluer : par exemple, sous les lamba traditionnels en soie sauvage, on met parfois maintenant une toile en fibre de verre.

Je ne suis pas le geek qui a eu cette lumineuse idée. 




© 2003 Barijaona Ramaholimihaso
Réagissez par les liens de commentaires ou par e-mail :