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Sushis en république Ranjalia

Antananarivo, Madagascar, entre Afrique et Asie, entre Dakar, Séoul et Tokyo.

jeudi 13 juin 2002
[ 23:48:34 ] 

Vous connaissez Naked News ? Un site Internet où l'on vous présente un journal télévisé tout ce qu'il y a de conventionnel, à une petite différence près : les présentateurs sont en tenue d'Eve et d'Adam.

Arno et Lirresponsable analysent le phénomène sur uZine, «avec des photos de gens tous nus dedans et des citations de Baudrillard autour». Imaginant que vous pourriez trouver cela un peu long ou que vous préfèreriez, au moins officiellement, éviter de telles photos, je me suis sacrifié et vous propose les extraits ci-après :

Grosse différence avec un journal télévisé : il n'y a aucune image vidéo illustrant un sujet (donc pas d'opinion des politiciens impliqués, pas de micro-trottoirs...), pas de faits divers (le genre « un bus rentre dans une cabine téléphonique » suivi de sa mini-polémique à la noix, « indemnisation des victimes : les assureurs de France Télécom et de la RATP se renvoient la balle et réclament une aide de l'État »), pas d'interviews d'experts qui viennent d'écrire un livre ou de chanteurs qui viennent de sortir un disque. Évidemment, ces absences sont dues à des impératifs économiques, mais au final cela vous donne vingt minutes d'information extrêmement denses.

Ce qui frappe immédiatement, c'est le ton extrêmement professionnel dans le traitement et la présentation de l'information. Ainsi les voix sonnent exactement comme celles des journalistes de l'autre grand network d'information international (CNN) - peut-être moins pour les hommes, le ton très typique des news américaines est beaucoup plus marqué chez les femmes. Malgré l'absence d'inserts vidéo d'illustration (« nous retrouvons Machin devant la permanence de Jacques Chirac, allô Machin vous nous entendez ? », « oui Patrick, je vous entends, ici l'ambiance est à la fête mais Jacques Chirac et son épouse ne sont pas encore arrivé », « merci Machin, n'hésitez pas à intervenir si du nouveau advenait »...), l'ensemble est réalisé avec professionnalisme : les présentateurs sont filmés sur fond bleu et insérés dans des décors en image de synthèse, des changements de plans rythment les séquences, et les sujets sont suffisamment variés.

(...) On a donc une épure du spectacle, au delà du slogan « nothing to hide » (rien à cacher) : les informations en elles-mêmes sont aussi inintéressantes qu'ailleurs, c'est pourquoi l'intérêt explicite est dans la nudité du présentateur (le differentiel produit du côté de la chaîne) ou le ce pour quoi le spectateur désire dans un premier temps regarder ce journal.

(...) Ceci est légèrement paradoxal, car on croit d'ordinaire que le dispositif (la mise en scène) est uniquement du côté de Naked News, qui ferait du spectacle (mauvais strip tease) comme si le journal télévisé des autres chaînes lui n'était pas un spectacle. Or bien-sûr, rien n'est plus faux : le journal est un dispositif technique et narratif (les sujets sont choisis, construits, élaborés, présentés, ordonnés - cf. « Leçon pratique : comment préparer un sujet pour le 20 heures », in Florence Aubenas & Miguel Benasayag, La fabrication de l'information, La découverte, 1999) -, le présentateur est une star du prompteur, etc. Illusion qui consiste à croire que des personnes habillées sont plus naturelles ou sincères que des personnes nues. Naked News renverse cette manière de voir.

(...) Si l'on se contente d'écouter l'émission, et notamment la partie des informations internationales, elle se révèle aussi complète que les journaux télévisés normaux ou que les bulletins d'information de la radio. Huit minutes extrêmement denses sur un ton très professionnel. Objectivement, si l'on écoute l'information diffusée, on est largement aussi bien informé qu'en regardant la télé ou en écoutant la radio.

Et pourtant, c'est une information de très mauvaise qualité. Il s'agit ni plus ni moins que d'une compilation de dépêches d'agences. La lecture quotidienne des dépêches sur Yahoo vous en apprendra plus. Seul travail vaguement journalistique : le tri et le choix de ces dépêches, rien de plus. Sachant que ce copier-coller de dépêches représente l'essentiel du travail des journalistes dans les grands médias normaux, et plus particulièrement dans les médias audiovisuels, on ne s'étonnera pas de l'absence de cette critique à l'encontre de Naked News. Bref, des commentaires qui feignent de ne pas constater qu'il s'agit d'une information de la même qualité.

Du coup, la critique se focalise sur la banalisation due au mélange des genres. C'est réellement la critique importante face à l'infotainment. Un étudiant renvoit la critique journalistique dans ses cordes sur l'« Online Journalism Review » : « Il est plutôt difficile d'accuser Naked News de prostitution journalistique quand les journaux télévisés ont déjà mis leur propre intégrité en vente. Le réseau CBS et les stations locales consacrent une large partie de leur temps d'information au suivi du reality-show "Survivor en Australie" ; MSNBC fait souvent la promotion croisée de la prétendue analyse politique du Saturday Night Live et du monologue de Jay Leno ; et ABC hésite rarement à vanter la dernière offre Disney ». Si l'on veut devenir un dictateur célèbre, il vaut mieux éviter de massacrer ses opposants le jour de la finale de la coupe du monde...

(...) La critique des médias de masse fait comme si de bons médias étaient non seulement souhaitables mais possibles sans changer leur nature.

Comme si l'information fournie par un système médiatique pouvait être autre chose qu'une marchandise.

(...) Toute la forme des médias et une bonne part de leur contenu consistent en leur autojustification. Non seulement, « c'est vrai parce qu'ils l'ont dit à la télé », mais surtout « c'est important parce que c'est dans le journal ». D'où, d'ailleurs, cette part énorme de l'« information », intitulée « la vie des médias » : les médias parlent des médias, affirmant fondamentalement l'importance de l'information médiatique.

(...) Le rôle antinomique de l'information médiatique est (...) de fournir un erzatz de connaissance : tant que je crois savoir (être informé), je ne désire pas savoir. Il ne s'agit pas seulement de la réception critique des informations (apprendre à critiquer les informations) mais bien plutôt d'apprendre à produire ses propres informations, en dehors et donc souvent contre le modèle médiatique existant (qui détermine la forme et le contenu des messages). Encore faut-il, à titre préalable, se défaire de l'emprise de ce modèle.

(...) Naked News peut être l'un des instruments involontaire d'une sortie du modèle médiatique : un site par lequel les utilisateurs font l'expérience inattendue de l'inutilité de l'information quotidienne. En effet, de par son aspect érotique, il est impossible, même en se concentrant, de ne pas penser, comme Eliza Gano, « Mon dieu, elle est nue ! ». La distance à l'information est imposée par le dispositif. Voyez l'image de Chirac serrant des mains, avec au premier plan une grande fille aux seins un peu tombants... elle peut bien nous expliquer que Chirac appelle à voter utile, contre la cohabitation, qui peut bien croire que cela a la moindre importance ?

Le visiteur qui vient pour les corps nus, somme toute plutôt tristes, se rend compte que l'information n'est pas plus nulle qu'ailleurs (alors, tant qu'à rentabiliser son abonnement, autant continuer à « être informé » par ce biais), et, vu l'éloignement imposé par la nudité des présentateurs, se rend compte que même cette information « sérieuse » n'a finalement qu'un intérêt très limité : par l'adoption du code formel décalé qu'est la nudité, et l'absence des codes habituels des médias « sérieux » (autojustification et crédibilisation), l'information apparaît pour ce qu'elle est fondamentalement : une recréation mythifée et autoréférencielle du monde, enrobée d'un emballage stéréotypé crédibilisant... bref, une forme fadasse du divertissement publicitaire.

Est-ce une illusion ou les personnes méfiantes envers les grands medias (et plus particulièrement envers la télévision) sont sur-représentées parmi les auteurs de weblogs ? Par manque de temps pour regarder la télé ? Oh, et moi qui n'ait même pas eu le temps de traduire l'expérience Zen TV...

Bientôt, ils ne nous laisseront même plus pisser...

[ 23:42:02 ] 

Ouch... Lien risqué et dérangeant. Ovidie, «féministe pro-sexe» : «Une fille qui jouit ne sera jamais soumise».



[ 09:06:48 ] 

Ah, enfin un article en français sur ce sujet... Je peux continuer à paresser sans trop mauvaise conscience.

[ 09:02:06 ] 

Bigre, elles font bougrement sérieuses les nouvelles publicités d'Apple...

Il y a peu, Apple parlait des génies, des cinglés, des déviants comme Einstein, Chaplin, Martin Luther King, le Dalaï-Lama...

Aujourd'hui, Apple met en vedette des gens ordinaires, peut-être votre voisin de palier dont la seule particularité est d'avoir eu le courage d'abandonner une boite beige sous Windows pour adopter un petit Mac...

Les contributions les plus convaincantes me semblent être celle de Aaron Adams («je suis un administrateur de réseau Windows») et de Mark Frauenfelder :

J'avais tous mes fichiers sur un PC sous Windows. Mes illustrations, mes écrits, mes données bancaires... C'était comme être piégé dans une mauvaise liaison amoureuse. En un sens, ça marche, et donc vous n'avez pas envie de faire l'effort de changer... Mais une fois que vous le faites, vous réalisez que vous auriez dû le faire depuis longtemps.

La vidéo la plus dynamique est celle sur Liza Richardson. Mais rien de bien loufoque...

Pour cela, il faut aller sur Geeks with Guns, un site absolument pas correct politiquement, où on trouve ça. (Attention, gros fichier de 6,5 Mo, nécessite Quicktime).


© 2002 Barijaona Ramaholimihaso
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