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Sushis en république Ranjalia

Antananarivo, Madagascar, entre Afrique et Asie, entre Dakar, Séoul et Tokyo.

samedi 23 mars 2002
[ 23:53:31 ] 

On connait un peu les opinions des généraux, des colonels, mais on peut s'interroger : qu'y a-t-il dans la tête d'un soldat malgache ? Cela ne ressemblerait-il pas à ceci ? Quoique l'état de leur équipement incite à évoquer plutôt ceux-là, l'envie de se battre en moins. Pour la rage au ventre, je ne m'avancerais pas trop.

[ 23:10:34 ] 

Extraits du premier chapitre de De l'optimisme, d'Adriano Sofri :

Il y avait à Sarajevo, pendant le siège, une phrase si fréquente qu'elle avait presque remplacé les autres formules de salut : « Nema voda, nema plin, nema struje » - il n'y a pas d'eau, il n'y a pas de gaz, il n'y a pas de lumière. « Nema ni ta » - il n'y a rien.

(...)

Cette relativité des malheurs, qui est peut-être le véritable héritage du vingtième siècle, interdit toute concession à la prison romantique, à la tendance au victimisme et même à son élégante dissimulation. La foule des victimes est telle que, en comparaison, on ne peut que se taire, ou plaisanter sur sa propre infortune.

(...)

La nouvelle était publiée dans un quotidien du 7 février 2001, titrée : « Dans le cerveau le secret du pessimisme ». Elle divulguait une recherche de la Stanford University publiée par Behavorial Neuroscience. Quatorze femmes entre 19 et 42 ans, « en plein bien-être », avaient été séparées, au moyen d'un test préliminaire, en optimistes et pessimistes. Puis elles avaient regardé une séquence d'images, tandis que la résonance magnétique enregistrait les réactions neuronales. Les images positives, selon mon journal, comprenaient « un couple heureux, un petit chien, l'anniversaire d'un enfant, le coucher de soleil, des gâteaux, des glaces, et ainsi de suite ». Les négatives, « des araignées, une salle d'hôpital, quelqu'un qui pleure, quelqu'un de très en colère, des fusils, des cimetières, etc... ». Les neurones de l'amygdale et du cortex cérébral préfrontal « s'allumaient » devant la première catégorie d'images, et au contraire répondaient faiblement devant la seconde. Dans les commentaires des chercheurs, on lisait un certain optimisme, dirais-je. Selon le psychologue Turhan Canli, « bientôt nous tracerons une carte des rapports entre personnalité, émotions, attention, expérience, mémoire et perception ». On imaginait une cure de la dépression. Auparavant toutefois, concluait l'article avec un certain bon sens, il faudra voir si la réactivité moindre des neurones aux images positives est la cause première du pessimisme, ou si elle en est elle-même un symptôme. Le directeur de l'expérience, John Gabrieli, disait mélancoliquement : « Nous ne savons pas si les causes de l'anxiété et de la dépression sont à chercher dans notre code génétique ou si elles sont des réactions à nos expériences de vie ».

(...)

Peut-être n'ai-je pas été spécialement impressionné parce que je traverse une période qui n'est pas des meilleures, et parce que je venais de trouver une note en bas de page sur la réaction de Voltaire au tremblement de terre de Lisbonne de 1755, selon laquelle le terme optimisme avait été inventé en 1737 à propos de la Théodicée de Leibniz, tandis que pessimism aurait été forgé en anglais en 1795 seulement, par le poète Coleridge (mais il existe un français pessimisme en 1759). Étrange, vu que l'optimisme existait : Candide, ou l'Optimisme, pour en rester à Voltaire. On peut se demander comment concilier le fameux tournant pessimiste de Voltaire avec la question de l'amygdale et du cortex, qui réagirent si vivement à ce tremblement de terre désastreux, bien qu'elles aient été jusque-là enclines à une certaine cordialité d'esprit.

Peut-on pratiquer une gymnastique des amygdales et du cortex préfontal ? Je ne me laisserai pas atrophier.

Ce n'est pas être Pangloss que de dire qu'il faut relativiser nos malheurs. Si je peux écrire ceci, et que vous pouvez le lire, c'est que nous sommes des privilégiés par rapport à au moins une bonne moitié de l'humanité. Et globalement les malgaches continuent de sourire plus que les parisiens dans le métro à 19 heures.


© 2002 Barijaona Ramaholimihaso
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