Étonnements rapides et durables

Ahanements d'octets austraux

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 Un vieux avec un discours très frais

Ses détracteurs et la plupart des marketeurs politiques ont sans doute de bonnes raisons de le décrire comme un hommme trop mou, trop calme, trop post-soixante huitard…

N'empêche que je trouve qu'il n'y a pas que les Autrichiens qui ont besoin de ce genre de discours trop long, trop calme, mais surtout très frais.

(Ce genre de discours est tellement inaudible de nos jours qu'il faut cliquez sur l'icône de haut-parleur pour l'entendre)

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 Perturbantes questions…

La presse n'a pas rapporté le fait, mais j'ai trouvé la situation si particulière que je ne résiste pas à la tentation de rendre compte…

C'était mardi dernier, au ministère de l'Environnement, de l'Écologie et des Forêts.

Une question de journaliste qui a un peu cassé l'ambiance :

Monsieur le ministre sortant, vous avez essayé de faire la lumière sur l'affaire Singapour, est-ce que c'est pour cela que vous n'êtes plus au gouvernement aujourd'hui ? Madame la ministre, est-ce que vous allez faire de l'affaire Singapour une priorité de votre mandat ? Est-ce que vous allez par exemple demander une enquête au niveau malgache ?

Dans le même genre, des questions qu'une connaissance, d'un air mi-figue mi-raisin, a proposé de poser à la nouvelle ministre :

  1. pourquoi avez vous accepté ce poste, alors que c'est le Président, son entourage et son parti HVM qui bloquent toute évolution dans la bonne gestion des ressources naturelles et dans la poursuite des infractions ?

  2. Croyez-vous qu'il est sage d'intégrer une bande de loups pour ensuite vouloir garder les moutons ?

  3. Que croyez vous pouvoir faire dans votre nouvelle fonction et où allez vous chercher vos alliés pour vos projets ?

Je ne me vois pas réellement poser de telles questions en termes aussi abrupts, mais l'attention est de rigueur…

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 L'affaire Apple contre FBI

Pour éviter de trop encombrer mes comptes de réseaux sociaux avec une affaire qui me tient à cœur, je récapitulerai ici les liens qui aident à comprendre le contentieux en cours entre Apple et le FBI.

Ce billet fera l'objet de mises à jour périodiques. J'essaierai de privilégier chaque fois que possible des liens vers des articles francophones, mais il est probable que la plupart des liens seront en anglais.

{Mise à jour 24/2/2016 : nouvelles lettres ouvertes du FBI et d'Apple, et révélations d'Apple sur les demandes similaires l'opposant au gouvernement}
{Mise à jour 21/2/2016 : explication des circonstances de la remise à zéro du mot de passe iCloud de Syed Farook}

  • Un résumé des débuts de la polémique.

Mise en contexte politique : pourquoi chacun est concerné

  • Article 12 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme :

    « Nul ne sera l'objet d'immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes. »

  • À travers une récente interview du patron de la NSA, on notera cependant que, même après les révélations d'Edward Snowden et leurs conséquences, la NSA ainsi que la classe politique américaine continuent à considérer que la vie privée de ceux qui ne sont pas citoyens des États-Unis n'a guère d'importance. On pourra voir la séquence entre 6mn 56 et 9mn 45 de la vidéo liée à cet article et apprécier la différence de traitement entre les deux catégories de personnes.

  • Coïncidence ? En Novembre dernier, le conseil national de sécurité US avait donné instruction aux agences gouvernementales de trouver des solutions pour contourner les techniques de chiffrement.

Le positionnement politique d'Apple

  • Comme toute entreprise, Apple doit se conformer à la loi des pays où elle opère et doit coopérer avec la justice. Cependant, Apple a graduellement durci sa position au cours des derniers mois. Les causes les plus visibles de ce durcissement semblent être :

    • les révélations d'Edward Snowden,
    • la hausse du nombre de demandes reçues de la part des instances juridiques de différents pays (pour se faire une idée, voir les rapports d'Apple,
    • la crainte de se retrouver confronté à des dilemmes moraux lorsque ces demandes proviennent de pays peu démocratiques,
    • la fragilité juridique de certaines de ces demandes, y compris parmi celles venant des États-Unis.
  • Dans une affaire précédente à New York, Apple a déjà entamé une confrontation avec le gouvernement qui, entre autres questions, soulève celle de l'usage ambigü d'une loi datant du 18è siècle, le All Writs Act.

  • Mais Apple voit clairement que, plutôt que la contestation judiciaire, la plus efficace des protections face à tout mandat un peu scabreux est de s'être placé bien en amont des faits dans l'impossibilité matérielle de s'y conformer. D'où une plus grande prudence dans la collecte des données auprès des utilisateurs et un investissement important dans la sécurisation des appareils et des données, en particulier à travers l'utilisation du chiffrement.

  • Ce positionnement politique « Vos données vous appartiennent, et n'appartiennent à personne d'autre » pourrait aussi être vu comme un argument marketing visant à mettre en avant l'avantage compétitif que donne à Apple la forte intégration entre le matériel et le logiciel qu'il développe. Ce serait cependant faire bien peu de cas du positionnement constant d'Apple en faveur des minorités et des positions affichées publiquement par Tim Cook, le CEO d'Apple, à différentes reprises.

L'enquête sur la tuerie de San Bernardino

  • Il y a de bonnes raisons de penser que, dans le cas présent, le FBI fait beaucoup plus de la politique que du travail d'enquête. Le FBI a déjà obtenu beaucoup de données et il est très probable que celles qui sont dans l'iPhone en question ne lui apporteraient guère plus.

La bataille juridique qui s'annonce

  • La loi All Writs peut contraindre Apple à faire des efforts « raisonnables » pour aider les autorités. Mais la demande qui est faite à Apple diffère fondamentalement des précédentes et il est très probable qu'Apple argumentera qu'il ne s'agirait plus là d'efforts raisonnables.

  • Dans l'affaire de New York qui est encore en cours, cet argument semble avoir été pris en compte par un juge. Ce même argument aurait plus de poids encore si la demande gouvernementale devait entraîner un recul de la sécurité pour tous les utilisateurs d'iPhone.

  • Dans cette affaire de New York, Apple a révélé à la Cour qu'une quinzaine de demandes de déverrouillage d'iPhone lui ont été soumises par le gouvernement américain.

La bataille technique qui continue

  • La demande du FBI démontre que, même si elle améliore grandement la sécurité de l'utilisateur qui prend des précautions raisonnables, l'intégration entre matériel et logiciel pratiquée par Apple reste encore insuffisante face à des cas comme celui-ci. L'on peut penser que les prochaines versions d'iOS ou les prochaines versions de l'iPhone iront encore plus loin.

  • Un hôpital américain, le Hollywood Presbyterian Medical Center, a été obligé de verser une rançon à des pirates informatiques. Démonstration s'il en était besoin qu'il serait fort malvenu de fragiliser la sécurité de l'utilisateur moyen et de laisser les malfrats profiter seuls d'un chiffrage fort.

Les principaux arguments des uns et des autres

  • Apple et le FBI s'accordent sur la nécessité d'un débat public suffisamment éclairé.

  • Celui-ci est susceptible de tourner autour de la question suivante: les individus et les entreprises sont-ils seulement tenus de respecter les droits de l’homme , ou doivent-ils protéger les droits de l'homme, y compris contre les États ?

  • Le FBI explique qu'il veut déverrouiller uniquement l'iPhone de l'affaire de San Bernardino, et ne cherche pas à créer un précédent.

  • Apple reste sur sa position : plusieurs autres demandes de déverrouillage lui ont été soumises par le gouvernement et la demande du FBI créerait un dangereux précédent légal et technique. Sur demande de la Justice, Apple a la possibilité et accepte d'extraire certaines données des iPhones (notamment lorsque ces iPhones sont sauvegardés dans le nuage iCloud), mais refuse totalement l'idée de déverrouiller un appareil, y compris lorsque cela lui est techniquement possible.

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 Deuxième bilan après la COP21

24 heures plus tard, l'impression est la même. L'accord de Paris (PDF, 635 Ko) est un excellent accord, parce qu'il a été négocié dans un excellent esprit.

Je suis parfaitement conscient que certaines ONGs et certains spécialistes ne le jugent pas suffisamment ambitieux, pas suffisamment précis ou le trouvent tout simplement trop tardif.

Je peux parfaitement souscrire à la dernière remarque1, mais absolument pas à celles qui précèdent.

Les jugements sur les ambitions présumées insuffisantes, sur l'absence d'explications sur le comment de la réalisation des objectifs ou sur le manque de chiffres font l'impasse selon moi sur un point essentiel, celui de l'horizon de référence de l'accord. L'accord de Paris est destiné à entrer en vigueur en 2020 ; plus important, aucune date de fin ne lui a été fixée. Au vu de la lourdeur du processus pour obtenir un accord réellement universel2, il est fort probable que l'accord obtenu hier continuera à exercer ses effets jusqu'à la fin du 21è siècle. Et c'est pourquoi le qualificatif « historique » si souvent utilisé les dernières 24 heures n'est pas galvaudé.

L'accord n'omet aucune des problématiques principales autour du changement climatique, mais grâce à la confrontation des idées, il a réussi à éviter d'en faire trop. Trop de précisions sur la manière de réaliser les objectifs auraient fragilisé le texte sur le long terme. Qui d'entre nous est capable de prédire le prix d'une baguette de pain dans un an ? De la même manière, il aurait par exemple été irréaliste de tenter de fixer le prix du carbone pour les cinquante prochaines années ou de spéculer sur la valeur future des approches techniques actuellement connues.

Cette position, je me permets de l'avancer en dépit du fait que, contrairement aux personnes critiquant l'accord, je ne sois pas un spécialiste de l'environnement, encore moins du climat. Je suis même d'un milieu professionnel qui est fréquemment considéré par celui de l'environnement comme le mal3 quasi absolu, la cause de tous les malheurs : le monde de la finance4.

C'est précisément vis-à-vis des personnes telles que moi que l'accord constitue un signal important. Pour la première fois, nous avons un texte qui engage l'ensemble des États de la planète et qui invite la société civile, le secteur privé, les institutions financières, les villes, collectivités, communautés locales et individus à se rendre compte que l'ère du carbone se termine et à avoir une action climat vigoureuse. C'est une dynamique nouvelle qui vient d'être enclenchée. Sera-t-elle rapide ou lente ? Sera-t-elle bassement marchande ou à la hauteur des enjeux véritables ?

Sur ces points, je n'ai aucune certitude, mais j'en ai une autre : face au jugement de l'Histoire, personne n'aura désormais le droit de se réfugier derrière un « mais qu'est ce que je pouvais faire à mon niveau ? »


  1. Espérons que la COP 22 qui aura lieu en Novembre 2016 à Marrakech, et qui devrait traiter de la mise en oeuvre de l'accord de Paris, prenne vraiment en compte les urgences de la période 2016-2020. ↩

  2. Il aura quand même fallu plus de vingt ans pour passer de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique à l'accord de Paris. ↩

  3. Je me suis même demandé si certains d'entre eux n'écriraient pas « mal » avec une majuscule… ↩

  4. Sans compter (double peine !) que je suis également issu du milieu des mines. ↩

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 Première réaction (à chaud, dans tous les sens du terme)

Le projet d'accord est sorti (à l'heure où j'écris, uniquement en anglais).

Certes, le diable est dans les détails. Il faudra voir lors de la mise en oeuvre si les bonnes intentions de Paris se traduisent en actes cohérents, mais il serait idiot de ne pas saluer la dynamique des derniers jours et la disparition des satanés crochets et options des projets antérieurs de textes.

Depuis la version précédente, sortie dans la nuit de jeudi, j'étais raisonnablement confiant que le texte final prendrait correctement en compte la situation des pays d'Afrique subsaharienne. Le suspense sur les questions financières portait plutôt sur la répartition des efforts entre pays développés d'une part et grands pays émergents comme la Chine, l'Inde et le Brésil d'autre part1

Difficile de savoir si la présidence française de la COP a été obligée de faire du forcing, ce qui risquerait de provoquer quelques aigreurs du côté des États-Unis, de l'Europe, de la Chine ou d'autres pays du groupe G77, mais la volonté d'union de l'Afrique a semble-t-il payé. Ci-après quelques points intéressants (les accentuations en gras sont de moi) :

  • l'objectif de maîtrise des températures est bien plus ambitieux qu'à l'ouverture de la conférence ; la volonté affichée est d'aller « bien en deça de 2°C » et d'ici 2018, il faudra évaluer les efforts à faire pour limiter le réchauffement à 1,5°C. C'est une vraie avancée pour l'Afrique et les pays insulaires.

    Preamble : (...) Emphasizing with serious concern the urgent need to address the significant gap between the aggregate effect of Parties’ mitigation pledges in terms of global annual emissions of greenhouse gases by 2020 and aggregate emission pathways consistent with holding the increase in the global average temperature to well below 2 °C above pre-industrial levels and pursuing efforts to limit the temperature increase to 1.5 °C,
    (...)
    21 Invites the Intergovernmental Panel on Climate Change to provide a special report in 2018 on the impacts of global warming of 1.5 °C above pre-industrial levels and related global greenhouse gas emission pathways;

  • l'importance de l'appui à l'adaptation au changement climatique2 des pays en développement est réaffirmée et la décision est actée d'aller, pour les appuis à ces pays, au delà des 100 milliards de dollars annuels annoncés à Copenhague.

    53 Decides that, in the implementation of the Agreement, financial resources provided to developing countries should enhance the implementation of their policies, strategies, regulations and action plans and their climate change actions with respect to both mitigation and adaptation to contribute to the achievement of the purpose of the Agreement
    (...)
    54 Further decides that (...) developed countries intend to continue their existing collective mobilization goal through 2025 in the context of meaningful mitigation actions and transparency on implementation ; prior to 2025 the Conference of the Parties (...) shall set a new collective quantified goal from a floor of USD 100 billion per year, taking into account the needs and priorities of developing countries;
    (...)
    Article 7, 9. Each Party shall, as appropriate, engage in adaptation planning processes and the implementation of actions, including the development or enhancement of relevant plans, policies and/or contributions, which may include:
    (a) The implementation of adaptation actions, undertakings and/or efforts;
    (b) The process to formulate and implement national adaptation plans;
    (c) The assessment of climate change impacts and vulnerability, with a view to formulating nationally determined prioritized actions, taking into account vulnerable people, places and ecosystems;
    (d) Monitoring and evaluating and learning from adaptation plans, policies, programmes and actions; and
    (e) Building the resilience of socioeconomic and ecological systems, including through economic diversification and sustainable management of natural resources.

  • le rôle des acteurs non étatiques, y compris communautés locales, secteur privé et collectivités est reconnu. Bien que rien de très précis n'est dit sur le prix du carbone, la question n'est pas ignorée3 :

    134. Welcomes the efforts of all non-Party stakeholders to address and respond to climate change, including those of civil society, the private sector, financial institutions, cities and other subnational authorities;
    (...)
    136. Recognizes the need to strengthen knowledge, technologies, practices and efforts of local communities and indigenous peoples related to addressing and responding to climate change, and establishes a platform for the exchange of experiences and sharing of best practices on mitigation and adaptation in a holistic and integrated manner;
    137. Also recognizes the important role of providing incentives for emission reduction activities, including tools such as domestic policies and carbon pricing;

  • le rôle opérationnel des solutions naturelles de capture de carbone, dont les forêts, est mis en avant dans le corps du texte :

    Article 5, 1. Parties should take action to conserve and enhance, as appropriate, sinks and reservoirs of greenhouse gases as referred to in Article 4, paragraph 1(d), of the Convention, including forests.

  • Plus subtil, mais très important après les désillusions sur le protocole de Tokyo : la mise en oeuvre de l'accord de Paris ne passera pas forcément par une ratification, ouvrant la voie à un décret présidentiel de Barack Obama pour contourner la majorité républicaine à la Chambre des Représentants et au Sénat :

    {Article 20, 1}. This Agreement shall be open for signature and subject to ratification, acceptance or approval by States and regional economic integration organizations that are Parties to the Convention. It shall be open for signature at the United Nations Headquarters in New York from 22 April 2016 to 21 April 2017. Thereafter, this Agreement shall be open for accession from the day following the date on which it is closed for signature. Instruments of ratification, acceptance, approval or accession shall be deposited with the Depositary.


  1. Le cas de l'Afrique du Sud est un peu particulier, elle est à la fois un pays africain et un grand pays émergent. ↩

  2. Il y avait une crainte que seule la réduction des émissions serait soutenue, ce qui aurait représenté un recul par rapport aux avancées des COPs précédentes. ↩

  3. Les fluctuations de prix sur le marché du carbone ont jusqu'ici entravé le développement de ce marché. ↩

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 C'est quoi un bon accord ?

Avant même que le texte final soit publié, il est facile de prédire qu'il y aura des personnes ou des organisations qui ne se satisferont pas de l'accord de Paris. Mais si l'on s'est un peu accoutumé au volapuk des organisations internationales et que l'on a pris la peine de s'intéresser un peu à l'historique des négociations précédentes, l'on ne peut que reconnaître que jusqu'ici, les négociateurs de tous les pays ont plutôt bien joué leur partition.1

Une négociation, c'est d'abord une question d'état d'esprit

Le mot « compromis » a une très mauvaise image. Le mot est trop souvent associé à un jeu à somme nulle, où ce que gagne l'un est une perte pour l'autre.

En particulier lorsqu'il est question d'argent, il y a un risque qu'une négociation tourne rapidement au jeu à somme nulle, voire négative. Dans les entreprises, l'on voit ainsi certains acheteurs ne pas se rendre compte qu'ils détruisent une valeur bien plus importante, la confiance entre les parties, en essayant de grapiller quelques euros supplémentaires. Si les circonstances font que les parties sont contraintes à continuer de travailler ensemble, l'accumulation sur la durée des frustrations aura sur la qualité du travail et les résultats financiers des impacts bien plus importants que l'argent soit disant « économisé ».

Mais une négociation peut devenir un jeu à somme positive, où chacun cherche réellement à comprendre quel est l'intérêt des autres parties, afin de voir si une concession de sa part permettra d'augmenter le résultat final pour tous. Il n'y a guère de doute qu'un tel climat favorable a été créé à Paris.

Mais les attentes sont-elles comprises ?

Un gros bémol cependant : des rencontres faites lors de cette COP, il me semble qu'il subsiste dans les opinions publiques, même les mieux intentionnées, une large incompréhension de ce qu'attendent des pays comme Madagascar d'une COP. Oui, bien sûr, un pays comme Madagascar a besoin d'argent. Mais de l'argent, pour faire quoi ? De toute évidence, nous n'avons pas les mêmes attentes et nous n'en sommes même pas complètement conscients.

Dans les pays du Nord, les médias ne parlent quasiment que d'atténuation des émissions de gaz à effet de serre. Dans l'inconscient collectif, il subsiste au fond l'idée que l'homme occidental est tout puissant et qu'il serait capable de modeler le climat à sa guise pour réparer sans trop de mal les dégâts.

Mon côté geek peut comprendre cela ; mon côté malgache moramora2, lui, réveille l'intuition que l'idée de réparer le climat est une illusion. De fait, même si du jour au lendemain l'humanité arrêtait toutes les émissions nouvelles de gaz à effet de serre, ceux déjà présents dans l'atmosphère continueraient de réchauffer notre planète. L'on ne se bat pas contre la Nature, l'on s'excuse du mal qu'on lui a fait et l'on s'efforce de mieux la respecter. Certains parleront de fatalisme, j'y vois plutôt de la sagesse et du réalisme.

Qui plus est, en Occident, pour l'heure, le changement climatique ne se voit guère que par des hivers parfois un peu doux et de temps à autres une tempête qui finalement ne fait pas trop de mal à l'économie car elle dynamise les activités du secteur BTP. Dans un pays tropical, les manifestations du changement climatique sont dès aujourd'hui beaucoup plus palpables. Et elles touchent beaucoup plus de monde, parce que le mode de vie du monde rural et des populations pauvres est fortement dépendant de la Nature. À Madagascar, ces manifestations sont par exemple :

  • des rendements agricoles qui baissent,
  • des cyclones tropicaux qui montent en intensité,
  • des phénomènes climatiques extrêmes qui atteignent des régions auparavant préservées, et ça c'est de l'actualité immédiate.

Adaptation et atténuation

Voilà pourquoi lors de cette COP, si les pays du Nord ont beaucoup parlé d'atténuation du changement climatique, les pays du Sud ont beaucoup plus insisté sur l'adaptation. Car ce changement est déjà là, et il va falloir faire avec.

Les remèdes à ce changement seront forcément multiples, mais nous sommes intimement convaincus que le remède le plus efficace reste la Nature.

Il nous reste à remettre dans nos rapports avec elle un peu de la sagesse de nos ancêtres. Pas facile, mais l'on s'y emploie.


  1. Pour éviter toute ambiguïté, je ne parle ici qu'en mon nom personnel, et pas au nom de la FAPBM ni encore moins au nom de Madagascar. N'entrant pas directement dans la négociation, je peux me permettre de porter un regard un peu extérieur sur ce qui se passe. ↩

  2. littéralement : « doucement, doucement » ↩

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