Étonnements rapides et durables

Ahanements d'octets austraux

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 Verre à moitié vide, ou verre à moitié plein

Je viens de me faire un petit concert nocturne que je ne peux que vous recommander. Dans le même temps, je me sens un rien mal à l'aise… Un sentiment de vieillesse m'envahit en réalisant que cela fait déjà un an que j'ai découvert The Dizzy Brains.

D'un autre côté, je me sens plutôt jeune si je me compare au vingtenaire Eddy Andrianarisoa. Lorsque celui-ci (vers la 18è minute de l'émission) dit que les Dizzy Brains ne peuvent pas s'exprimer à Madagascar, je me révolte : qu'est-ce qui les en empêche ?

Il n'y a pas de censure à Madagascar, il n'y a qu'un excès d'auto-censure. Je me demande en quoi un artiste est rock n'roll s'il se sent en danger à chaque fois qu'un « politicien fait une observation sur ce qu'il chante ou dit.

Peut-être parce que je suis « vieux » et que j'ai plus d'expérience du fait de me mettre en danger, je me retrouve bien plus dans la liberté de ton d'une Madonna.

Peut-être parce que je suis « vieux » et que j'ai plus d'expérience des cycles de Madagascar, je me sens bien moins blasé et plus combatif qu'Eddy… Certes, on a le droit de ne garder à l'esprit que « tous les compteurs sont au rouge », mais on a également le droit d'estimer qu'on avait plutôt l'habitude que ces compteurs soient à l'écarlate…

Peut-être parce que je suis « vieux » et que je sais qu'il se passe un temps entre le moment où l'on parle et le moment où l'on commence à vous entendre, j'invite la génération The Dizzy Brains à ne surtout pas se taire. Surtout pas en ce moment.

Car lorsque je fais mon petit bilan de l'année 2016, j'ai le sentiment qu'après l'immobilisme des années 2009 à 2014, puis l'extrême lenteur de 2015, Madagascar a retrouvé un rythme de progression un rien plus normal en cette année 2016.

Et cela n'a été possible que parce que beaucoup de « gueulantes » ont été passées ; certaines spectaculaires, d'autres beaucoup plus discrètes. Lesquelles ont été les plus efficaces ? Je ne sais trop, mais elles font partie d'un ensemble, et si elles peuvent éventuellement s'affiner, elles ne doivent certainement pas s'arrêter.

Oui, nous partons de très, très loin. Oui, la corruption, l'indolence et les délestages sont toujours là. Oui, Madagascar ne pourra pas rattraper d'un coup les gabegies et le manque chronique d'investissement1 des dernières décennies et même des dernières années. Mais oui, j'ai quand même envie de voir un verre à moitié plein plutôt qu'un verre à moitié vide.

Peut-être parce que je suis « vieux » et que j'ai une petite idée du vrai prix de la persévérance, je ne veux pas tomber dans l'indifférence.

#Madagascar #OutOfTheCage


  1. dans tous les sens du terme : financier, intellectuel et moral. ↩

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 Un vieux avec un discours très frais

Ses détracteurs et la plupart des marketeurs politiques ont sans doute de bonnes raisons de le décrire comme un hommme trop mou, trop calme, trop post-soixante huitard…

N'empêche que je trouve qu'il n'y a pas que les Autrichiens qui ont besoin de ce genre de discours trop long, trop calme, mais surtout très frais.

(Ce genre de discours est tellement inaudible de nos jours qu'il faut cliquez sur l'icône de haut-parleur pour l'entendre)

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 Perturbantes questions…

La presse n'a pas rapporté le fait, mais j'ai trouvé la situation si particulière que je ne résiste pas à la tentation de rendre compte…

C'était mardi dernier, au ministère de l'Environnement, de l'Écologie et des Forêts.

Une question de journaliste qui a un peu cassé l'ambiance :

Monsieur le ministre sortant, vous avez essayé de faire la lumière sur l'affaire Singapour, est-ce que c'est pour cela que vous n'êtes plus au gouvernement aujourd'hui ? Madame la ministre, est-ce que vous allez faire de l'affaire Singapour une priorité de votre mandat ? Est-ce que vous allez par exemple demander une enquête au niveau malgache ?

Dans le même genre, des questions qu'une connaissance, d'un air mi-figue mi-raisin, a proposé de poser à la nouvelle ministre :

  1. pourquoi avez vous accepté ce poste, alors que c'est le Président, son entourage et son parti HVM qui bloquent toute évolution dans la bonne gestion des ressources naturelles et dans la poursuite des infractions ?

  2. Croyez-vous qu'il est sage d'intégrer une bande de loups pour ensuite vouloir garder les moutons ?

  3. Que croyez vous pouvoir faire dans votre nouvelle fonction et où allez vous chercher vos alliés pour vos projets ?

Je ne me vois pas réellement poser de telles questions en termes aussi abrupts, mais l'attention est de rigueur…

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 L'affaire Apple contre FBI

Pour éviter de trop encombrer mes comptes de réseaux sociaux avec une affaire qui me tient à cœur, je récapitulerai ici les liens qui aident à comprendre le contentieux en cours entre Apple et le FBI.

Ce billet fera l'objet de mises à jour périodiques. J'essaierai de privilégier chaque fois que possible des liens vers des articles francophones, mais il est probable que la plupart des liens seront en anglais.

{Mise à jour 24/2/2016 : nouvelles lettres ouvertes du FBI et d'Apple, et révélations d'Apple sur les demandes similaires l'opposant au gouvernement}
{Mise à jour 21/2/2016 : explication des circonstances de la remise à zéro du mot de passe iCloud de Syed Farook}

  • Un résumé des débuts de la polémique.

Mise en contexte politique : pourquoi chacun est concerné

  • Article 12 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme :

    « Nul ne sera l'objet d'immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes. »

  • À travers une récente interview du patron de la NSA, on notera cependant que, même après les révélations d'Edward Snowden et leurs conséquences, la NSA ainsi que la classe politique américaine continuent à considérer que la vie privée de ceux qui ne sont pas citoyens des États-Unis n'a guère d'importance. On pourra voir la séquence entre 6mn 56 et 9mn 45 de la vidéo liée à cet article et apprécier la différence de traitement entre les deux catégories de personnes.

  • Coïncidence ? En Novembre dernier, le conseil national de sécurité US avait donné instruction aux agences gouvernementales de trouver des solutions pour contourner les techniques de chiffrement.

Le positionnement politique d'Apple

  • Comme toute entreprise, Apple doit se conformer à la loi des pays où elle opère et doit coopérer avec la justice. Cependant, Apple a graduellement durci sa position au cours des derniers mois. Les causes les plus visibles de ce durcissement semblent être :

    • les révélations d'Edward Snowden,
    • la hausse du nombre de demandes reçues de la part des instances juridiques de différents pays (pour se faire une idée, voir les rapports d'Apple,
    • la crainte de se retrouver confronté à des dilemmes moraux lorsque ces demandes proviennent de pays peu démocratiques,
    • la fragilité juridique de certaines de ces demandes, y compris parmi celles venant des États-Unis.
  • Dans une affaire précédente à New York, Apple a déjà entamé une confrontation avec le gouvernement qui, entre autres questions, soulève celle de l'usage ambigü d'une loi datant du 18è siècle, le All Writs Act.

  • Mais Apple voit clairement que, plutôt que la contestation judiciaire, la plus efficace des protections face à tout mandat un peu scabreux est de s'être placé bien en amont des faits dans l'impossibilité matérielle de s'y conformer. D'où une plus grande prudence dans la collecte des données auprès des utilisateurs et un investissement important dans la sécurisation des appareils et des données, en particulier à travers l'utilisation du chiffrement.

  • Ce positionnement politique « Vos données vous appartiennent, et n'appartiennent à personne d'autre » pourrait aussi être vu comme un argument marketing visant à mettre en avant l'avantage compétitif que donne à Apple la forte intégration entre le matériel et le logiciel qu'il développe. Ce serait cependant faire bien peu de cas du positionnement constant d'Apple en faveur des minorités et des positions affichées publiquement par Tim Cook, le CEO d'Apple, à différentes reprises.

L'enquête sur la tuerie de San Bernardino

  • Il y a de bonnes raisons de penser que, dans le cas présent, le FBI fait beaucoup plus de la politique que du travail d'enquête. Le FBI a déjà obtenu beaucoup de données et il est très probable que celles qui sont dans l'iPhone en question ne lui apporteraient guère plus.

La bataille juridique qui s'annonce

  • La loi All Writs peut contraindre Apple à faire des efforts « raisonnables » pour aider les autorités. Mais la demande qui est faite à Apple diffère fondamentalement des précédentes et il est très probable qu'Apple argumentera qu'il ne s'agirait plus là d'efforts raisonnables.

  • Dans l'affaire de New York qui est encore en cours, cet argument semble avoir été pris en compte par un juge. Ce même argument aurait plus de poids encore si la demande gouvernementale devait entraîner un recul de la sécurité pour tous les utilisateurs d'iPhone.

  • Dans cette affaire de New York, Apple a révélé à la Cour qu'une quinzaine de demandes de déverrouillage d'iPhone lui ont été soumises par le gouvernement américain.

La bataille technique qui continue

  • La demande du FBI démontre que, même si elle améliore grandement la sécurité de l'utilisateur qui prend des précautions raisonnables, l'intégration entre matériel et logiciel pratiquée par Apple reste encore insuffisante face à des cas comme celui-ci. L'on peut penser que les prochaines versions d'iOS ou les prochaines versions de l'iPhone iront encore plus loin.

  • Un hôpital américain, le Hollywood Presbyterian Medical Center, a été obligé de verser une rançon à des pirates informatiques. Démonstration s'il en était besoin qu'il serait fort malvenu de fragiliser la sécurité de l'utilisateur moyen et de laisser les malfrats profiter seuls d'un chiffrage fort.

Les principaux arguments des uns et des autres

  • Apple et le FBI s'accordent sur la nécessité d'un débat public suffisamment éclairé.

  • Celui-ci est susceptible de tourner autour de la question suivante: les individus et les entreprises sont-ils seulement tenus de respecter les droits de l’homme , ou doivent-ils protéger les droits de l'homme, y compris contre les États ?

  • Le FBI explique qu'il veut déverrouiller uniquement l'iPhone de l'affaire de San Bernardino, et ne cherche pas à créer un précédent.

  • Apple reste sur sa position : plusieurs autres demandes de déverrouillage lui ont été soumises par le gouvernement et la demande du FBI créerait un dangereux précédent légal et technique. Sur demande de la Justice, Apple a la possibilité et accepte d'extraire certaines données des iPhones (notamment lorsque ces iPhones sont sauvegardés dans le nuage iCloud), mais refuse totalement l'idée de déverrouiller un appareil, y compris lorsque cela lui est techniquement possible.

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 Deuxième bilan après la COP21

24 heures plus tard, l'impression est la même. L'accord de Paris (PDF, 635 Ko) est un excellent accord, parce qu'il a été négocié dans un excellent esprit.

Je suis parfaitement conscient que certaines ONGs et certains spécialistes ne le jugent pas suffisamment ambitieux, pas suffisamment précis ou le trouvent tout simplement trop tardif.

Je peux parfaitement souscrire à la dernière remarque1, mais absolument pas à celles qui précèdent.

Les jugements sur les ambitions présumées insuffisantes, sur l'absence d'explications sur le comment de la réalisation des objectifs ou sur le manque de chiffres font l'impasse selon moi sur un point essentiel, celui de l'horizon de référence de l'accord. L'accord de Paris est destiné à entrer en vigueur en 2020 ; plus important, aucune date de fin ne lui a été fixée. Au vu de la lourdeur du processus pour obtenir un accord réellement universel2, il est fort probable que l'accord obtenu hier continuera à exercer ses effets jusqu'à la fin du 21è siècle. Et c'est pourquoi le qualificatif « historique » si souvent utilisé les dernières 24 heures n'est pas galvaudé.

L'accord n'omet aucune des problématiques principales autour du changement climatique, mais grâce à la confrontation des idées, il a réussi à éviter d'en faire trop. Trop de précisions sur la manière de réaliser les objectifs auraient fragilisé le texte sur le long terme. Qui d'entre nous est capable de prédire le prix d'une baguette de pain dans un an ? De la même manière, il aurait par exemple été irréaliste de tenter de fixer le prix du carbone pour les cinquante prochaines années ou de spéculer sur la valeur future des approches techniques actuellement connues.

Cette position, je me permets de l'avancer en dépit du fait que, contrairement aux personnes critiquant l'accord, je ne sois pas un spécialiste de l'environnement, encore moins du climat. Je suis même d'un milieu professionnel qui est fréquemment considéré par celui de l'environnement comme le mal3 quasi absolu, la cause de tous les malheurs : le monde de la finance4.

C'est précisément vis-à-vis des personnes telles que moi que l'accord constitue un signal important. Pour la première fois, nous avons un texte qui engage l'ensemble des États de la planète et qui invite la société civile, le secteur privé, les institutions financières, les villes, collectivités, communautés locales et individus à se rendre compte que l'ère du carbone se termine et à avoir une action climat vigoureuse. C'est une dynamique nouvelle qui vient d'être enclenchée. Sera-t-elle rapide ou lente ? Sera-t-elle bassement marchande ou à la hauteur des enjeux véritables ?

Sur ces points, je n'ai aucune certitude, mais j'en ai une autre : face au jugement de l'Histoire, personne n'aura désormais le droit de se réfugier derrière un « mais qu'est ce que je pouvais faire à mon niveau ? »


  1. Espérons que la COP 22 qui aura lieu en Novembre 2016 à Marrakech, et qui devrait traiter de la mise en oeuvre de l'accord de Paris, prenne vraiment en compte les urgences de la période 2016-2020. ↩

  2. Il aura quand même fallu plus de vingt ans pour passer de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique à l'accord de Paris. ↩

  3. Je me suis même demandé si certains d'entre eux n'écriraient pas « mal » avec une majuscule… ↩

  4. Sans compter (double peine !) que je suis également issu du milieu des mines. ↩

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