Étonnements rapides et durables

Ahanements d'octets austraux

 « Au nom du peuple Malagasy… » (et de celui de la BNI aussi)

Mesdames et Messieurs les membres du Conseil d'État,

Je ne sais si ces mots vous parviendront, mais ils auront au moins le mérite de m'aider à clarifier auprès de mon entourage, et ils pourraient vous être utiles.

J'ai entendu plaider que ce n'était pas exact que seulement 4 personnes avaient voté pour la cession à IOFHL de la BNI, car feu Guy Ratovondrahona disposerait de deux voix, l'une en tant que gouverneur de la Banque centrale, l'autre en tant que directeur général.

Ce n'est pas ce que dit le procès-verbal de la réunion en question. Ce n'est pas ce que dit le réglement intérieur de la CSBF. Ce n'est pas non plus ce que dit la composition actuelle de la CSBF telle que la communique officiellement cette institution : il n'est nullement question ici de dédoublement de personnalité.

J'ai entendu également plaider que M. Lanto Rasoloelison n'aurait pas encore été ministre au moment de la prise de décision.

Ce n'est pas ce que le Journal Officiel dit dans son édition datée du 9 septembre 2013, à la page 2753. Ce n'est pas non plus ce que disent les enregistrements radio et les copies d'écran de sites web.

Extrait du Journal Officiel

J'ai entendu également plaider que les petits actionnaires n'avaient pas qualité à intervenir dans cette affaire. Que la BNI aurait eu, elle, davantage de crédibilité pour intervenir, à travers ses organes dirigeants.

Ce n'est pas ce que dit le principe d'autonomie des personnes morales par rapport à leurs actionnaires. Ce n'est pas non plus ce que dit l'obligation de traitement égalitaire des actionnaires. Si la direction de la BNI était intervenue, elle aurait vraisemblablement été fautive en violant ces deux principes, séparément ou simultanément.

L'idée simpliste "Ny tompony aza tsy sarotiny" ne peut pas s'appliquer ici. Une personne morale comme la BNI n’est pas un objet de propriété. Ce n’est pas l’entreprise mais les parts de son capital social (lorsque l’entreprise prend la forme d’une société commerciale ou civile) qui font l’objet de propriété.

Les petits actionnaires sont tout aussi légitimes à défendre leurs droits de propriété que le sont IOFHL ou le Crédit Agricole aujourd'hui. Il est d'ailleurs intéressant de noter que IOFHL, qui n'est pas encore à la direction de la BNI, a obtenu le droit de se joindre à l'affaire ; IOFHL est-il plus habilité à ester en justice que les autres petits actionnaires ?

Mesdames et Messieurs les membres du Conseil d'État,

La grosse1 issue de votre décision contiendra cette magnifique formule "Au nom du peuple Malagasy". N'ayez donc à l'esprit que l'intérêt général tel qu'il est dicté par la Loi.

Et merci de ne pas oublier que l'intérêt des salariés de la BNI concourt à l'intérêt général. Ils sont sortis de leur silence.

Chers membres de la presse,

Certains d'entre vous ont trouvé étonnantes mes « gesticulations » sur le Net. Ma fonction a le devoir d'être neutre, mais mes droits personnels, et les devoirs rattachés, qu'ils soient patrimoniaux ou citoyens ne s'en éteignent pas pour autant. Au lendemain du 1er mai et du 3 mai, il ne m'est pas désagréable d'affirmer que la liberté d'expression n'est pas une exclusivité des patrons de presse.

Cher Maître,

Dans le prétoire, vous avez laissé entendre que j'aurais pu être l'auteur de manoeuvres frauduleuses comme la violation de la confidentialité de certains documents. Je respecte l'impunité de parole dont bénéficie un avocat lorsqu'il est à la barre, et je n'ai aucune raison d'avoir du ressentiment personnel envers vous. Je doute cependant que vous osiez répéter publiquement de tels propos hors du prétoire et du privilège d'impunité qu'il vous accorde.

Toujours à la barre, vous avez également affirmé que j'aurais abusé de mes fonctions en écrivant une lettre datée du 13 juillet 2013. Invitée à produire ledit document, vous avez déclaré ne pas l'avoir avec vous. Cela ne m'étonne pas trop. Ayant fouillé mes propres archives, je ne retrouve rien de tel. Et pour une bonne raison. Le secrétaire général de la BNI aurait bien été en peine d'engager son établissement. Du 1er juillet au 17 juillet inclus, j'étais en congé.

Fiche de congés

Qui plus est, à l'étranger pendant une bonne partie de ce temps.

Visa et tampons Inde

Oui, j'étais en Inde… Et contrairement à ce que certains pourraient penser, il m'arrive de trouver des qualités aux originaires de ce pays.


  1. Pour les non-juristes : La "grosse" est le nom donné à la copie d'une décision de justice ou d'un acte notarié comportant la formule exécutoire. Elle est apposée par le Greffier de la juridiction qui a rendu la décision ou par le notaire qui a dressé l'acte contenant une reconnaissance de dette. ↩

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 Des devoirs de réserve, de vigilance et de citoyenneté

La citation est un peu longue, mais loin d'être inutile :

Tout le monde admet que les salariés doivent participer à la vie de leur entreprise. Mais qu'est-ce que cela signifie au juste ? Il doit être clair, dès le départ, que nous excluons ici tout ce qui concerne la participation financière aux profits de l'entreprise pour ne nous intéresser qu'à la participation aux décisions. Mais, dans cette mesure-là, il nous semble que le terme doit être pris dans son sens le plus large. En fait, il s'agit de savoir dans quelle mesure les salariés ou leurs représentants peuvent jouer un rôle dans la marche de l'entreprise. C'est très exactement un problème de partage de pouvoir : et il est capital aussi bien du point de vue de l'efficacité économique que de la paix sociale - et, peut-on dire, de la dignité des hommes qui sont ainsi appelés à n'être plus que de simples sujets dans tout le domaine de leur vie professionnelle, mais à faire entendre leur voix dans la gestion des affaires qui les concernent.

Il y a certes bien des moyens d'arriver à cette fin et, dans un but de classification et de systématisation, il semble que l'on puisse distinguer quatre formes principales de participation.

(...)

Il peut sembler à première vue excessif de ranger parmi les formes de participation le fameux « droit d'expression » qui a vu le jour à l'époque récente, puisqu'il ne s'agit en fin de compte que de permettre aux salariés de faire entendre leur voix sur un certain nombre de questions qui les touchent directement, sans leur conférer aucun pouvoir de décision. Pourtant, on peut estimer qu'il y a là au moins l'ébauche d'une véritable participation dans la mesure où les opinions ainsi émises pourront peser d'un certain poids sur les décisions finalement prises par l'employeur. Mais ce que cette participation a surtout d'original et qui mérite d'être souligné ici, c'est qu'elle s'exerce de façon directe et immédiate, sans aucun intermédiaire - ni élu, ni syndical : c'est une technique inspirée de la démocratie directe et des idées d'autogestion.

(...) il apparait que, à bien des égards, la loi française est allée trop loin dans la mise en place des modes de participation. Le souci de progresser simultanément sur chacune des quatre voies disponibles conduit à imposer à l'employeur, au moins dans les grandes entreprises, des charges qui peuvent être très lourdes - et en tout cas fort coûteuses, si l'on songe notamment à tous les crédits d'heures que peuvent revendiquer les représentants du personnel et les délégués syndicaux pour exercer leurs fonctions. L'employeur se trouve soumis à un si grand nombre d'obligations et de contraintes (d'ailleurs sanctionnées pénalement d'une façon assez sévère) qu'il risque quelquefois d'être gêné, voire paralysé, dans son action. Bien plus, il lui arrive souvent d'avoir à discuter le même problème avec des partenaires différents qui peuvent avoir des vues divergentes et adopter des positions contradictoires. Cela peut aller à l'encontre d'une bonne gestion - et rendre pratiquement impossible, comme on le constate trop souvent, une application stricte et intégrale de la loi.

Et c'est peut-être pourquoi, justement, tout cet ensemble de règles si complexes se révèle souvent, dans les faits, inefficace : et il n'est pas rare d'entendre déplorer, dans l'entreprise, un manque d'information, de consultation, de négociation. C'est, trop fréquemment, le règne du secret, du fait accompli. C'est que la loi apparait aussi, dans bien des domaines, insuffisante.

Xavier Blanc-Jouvan, in Osaka University Law Review. No 39 P.27-P.40

Xavier Blanc-Jouvan a été professeur à l'Université de Madagascar en 1960-1961. Il est professeur émérite de l'Université de Panthéon Sorbonne, et est à l'origine de nombreuses publications, notamment en matière de droit comparé.

De manière beaucoup plus anecdotique, il fut l'enseignant de l'unique cours de droit que j'ai suivi de manière académique (eh oui, je suis essentiellement un autodidacte du droit). C'était un cours de droit du travail, suivi sur les bancs de l'École des Mines de Paris en 1984.
J'ose croire que ma note à ce cours n'avait rien à voir avec le fait qu'il était un ancien de Madagascar.
Je suis beaucoup plus sûr que la pédagogie et la personnalité de M. Blanc-Jouvan ont été pour beaucoup pour mon intérêt pour le Droit.

À lire également : « Les salariés, actionnaires de référence », dans L'Usine Nouvelle, qui est on le sait une dangereuse publication trotskiste.

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 FAQ sur l'affaire BNI

Ah, les réseaux sociaux ! Un rien agressé le week-end dernier par @KingJulianMada sur la légitimité ou non de ma position par rapport à l'affaire de vente par le Crédit Agricole de ses actions dans la BNI, j'ai réalisé à travers les échanges qui ont suivi que des éclaircissements sur une affaire devenue très complexe ne seraient pas inutiles.

D'où cette foire aux questions. Rappel : depuis son ouverture, sur ce blog est affiché l'avertissement Les opinions traduites dans ces pages sont strictement personnelles et n'engagent que leur auteur.

Mots clés : #Madagascar #EtreEngagéEtResponsable ‪#‎EtSiOnPassaitAlAction‬

Situation et évolution du dossier

La BNI est-elle vendue ?

Réponse courte : à l'heure actuelle, non.
 
Réponse longue : Vendeur et acheteur potentiel se sont mis d'accord il y a déjà plusieurs mois. Après multiples revirements, les autorités malgaches ont donné un accord conditionnel à cette vente, avec des conditions qui devaient être satisfaites dans les trois mois à partir de l'accord. Ces conditions ne sont pas satisfaites à l'heure actuelle.
Ce n'est qu'après que ces conditions soient satisfaites que la remise de clés par le vendeur à l'acheteur pourrait se faire et que la vente devrait être considérée comme conclue.

Quelles sont les chances du projet de vente d'aboutir ?

Les conditions suspensives qui ont été énoncées par les autorités malgaches compétentes (Commission de Supervision Bancaire et Financière - CSBF) ne peuvent pas être considérées comme de simples formalités.
 
Leur objectif est de toute évidence de mettre en place des garanties sérieuses après la cession : on peut notamment citer le maintien des dirigeants et du staff actuels de la BNI Madagascar et la signature de conventions d'accompagnement de la BNI par Crédit Agricole en matière de confirmation de crédits documentaires et d'octroi de contre-garanties sur les crédits, pendant au moins deux ans à compter de la finalisation de la cession.  
Mais ces demandes constituent aussi des obligations contraignantes sur lesquelles le Crédit Agricole ne s'attendait vraisemblablement pas à s'engager. Il est prématuré à ce stade de prédire si ces conditions seront satisfaites. Et si elles le sont, il sera également intéressant de voir si elles seront uniquement satisfaites en ce qui concerne la forme, ou si l'esprit des exigences de la CSBF sera réellement respecté.

Pourquoi le Crédit Agricole veut-il vendre ?

La décision du Crédit Agricole n'a aucun rapport avec la situation particulière de la BNI ou de Madagascar.
 
Il s'agit de l'application d'une décision stratégique du groupe qui a choisi depuis 2008 de se recentrer sur l'Europe et la Méditerranée. À ce titre, toutes les autres participations en Amérique du Sud et en Afrique subsaharienne ont déjà été vendues.

Qui sont les actuels candidats au rachat de la BNI ?

Il s'agit d'une entité enregistrée à l'Île Maurice, appelé Indian Ocean Financial Holding Limited (IOFHL), qui regroupe plusieurs sociétés et que l'on désigne par conséquent fréquemment par l'appellation "consortium".  
Là où les choses deviennent complexes, c'est que si le nom et l'identité juridique de ce consortium sont restés les mêmes, sa composition, elle, a profondément changé ; l'on peut même parler de bouleversements.
 
En 2011, le consortium comprenait deux banques (Bank One - Ile Maurice, et la Caisse Régionale de Crédit Agricole de la Réunion) et un des actionnaires de Bank One, le groupe Dalais.
Fin 2012, la plus importante des deux banques, le Crédit Agricole de la Réunion, se retirait du consortium.
Début septembre 2013, le consortium décidait le retrait de l'autre banque, Bank One. Le consortium ne comprend donc désormais plus de banque, uniquement des actionnaires ayant des activités industrielle, commerciale ou agricole : le groupe Dalais et le groupe Hiridjee.

L'origine de l'opposition au projet actuel de vente

Pourquoi s'opposer à la vente ?

Il est important de souligner qu'il n'y a jamais eu d'opposition par rapport à l'intention du Crédit Agricole de vendre sa participation. Les débats portent plutôt sur l'adéquation ou non du profil des acheteurs potentiels : aussi bien les textes réglementaires que le simple bon sens justifient un examen attentif de l'identité des acheteurs et des intentions de ceux-ci, lorsque les montants en jeu sont importants et/ou lorsque ces acheteurs peuvent se trouver en position d'influencer l'orientation de la banque.

Pourquoi cette méfiance vis-à-vis des acheteurs ?

Comme expliqué précédemment, le consortium acheteur s'était d'abord présenté comme ayant une certaine expérience de la banque, mais se retrouve aujourd'hui vidé d'actionnaires banquiers.
 
On ne doit pas s'étonner que dans ces conditions, des professionnels du métier de banque s'interrogent sur la logique industrielle des acheteurs, leur approche du métier de banque, leur compréhension des spécificités de cette activité, ou leur volonté de rester engagé sur le moyen et le long terme.
 
Déjà, le consortium dans sa première composition provoquait un certain nombre de questionnements. Il n'était pas particulièrement rassurant que ce soit la plus petite des trois banques concernées (Bank One) qui se retrouvait désignée leader pour l'ensemble.

Comparaison entre la BNI, Bank One et le Crédit Agricole La Réunion (chiffres compilés à partir des rapports d'activité 2012)
(montants en millions d'Euro) BNI Madagascar Bank One CRCA La Réunion
Total du bilan 441,5 484,5 5 349,1
Fonds propres (noyau dur) 35,9 23,8 602,4
Produit net bancaire 17,0 16,1 191,1
Résultat net 8,6 5,0 36,0
Nombre d'agences 28 16 37

Cette faiblesse relative de Bank One avait déjà été relevée par les autorités malgaches en 2011. En cas de coup dur, quel établissement bancaire serait effectivement en mesure d'aider l'autre ? Le Trésor public et le Secrétariat général de la CSBF avaient manifesté leur opposition à ce schéma, estimant que Bank One ne pouvait être considéré comme un actionnaire de référence satisfaisant pour la BNI.
 
La décision prise fin 2012 par Crédit Agricole La Réunion de se retirer du consortium n'a fait que renforcer le scepticisme chez les observateurs de l'affaire. Dans la mesure où Bank One ne pourrait partager avec Crédit Agricole La Réunion la charge de supervision et de soutien, le cas échéant, de la BNI, la qualité du dossier présenté par les acquéreurs ne pouvait être considérée que comme dégradée.
 
La fragilité de Bank One a encore été confirmée par la révélation par la presse de grosses pertes essuyées par cet établissement suite à des spéculations sur les marchés financiers. Le remplacement qui a ensuite été annoncé du directeur général de Bank One ressemble fort à une sanction, car il apparait que les résultats financiers de cette banque pour l'année 2013 ont été sévèrement affectés. Cet épisode oblige en tout cas à considérer avec scepticisme les affirmations de ces prétendants à l'achat sur leur capacité à développer la BNI et à y maintenir ou améliorer la qualité du système de contrôle interne.
Là où les choses deviennent effarantes, c'est que plutôt que de répondre aux doutes sur la capacité de Bank One à devenir une banque de référence vis-à-vis de la BNI, le consortium a choisi de retirer purement et simplement Bank One du consortium. Essaierait-on de faire croire contre toute logique qu'un consortium n'incluant aucune banque serait plus crédible que celui qui n'avait pas convaincu les autorités malgaches en 2011 ?

Certaines des accusations contre les candidats au rachat n'ont-elles pas une connotation raciste ?

Il est certain que la nature parfois difficile des relations entre Malagasy de souche, Mauriciens et Indo-Pakistanais d'origine ne favorise pas un débat de qualité. Si l'on s'astreint cependant à essayer de rester aussi objectif que possible, on ne peut que trouver curieux qu'alors que la solidité du dossier présenté par le consortium IOFHL n'a fait que se dégrader depuis 2011, les autorités en charge de l'examiner semblent au contraire à chaque fois plus indulgentes envers ce dossier.
 
La brutalité de certains revirements sans qu'aucun motif sérieux et crédible ne soit avancé ne peut que nourrir des suspicions sur la cause réelle de ces revirements. Charisme des promoteurs ou autre chose ?

Quels revirements vous paraissent-ils particulièrement suspects ? Y a-t-il des éléments de preuve ?

Je vais citer deux revirements, mais on pourrait en citer beaucoup d'autres.
 
Le 7 juin 2013, le Directeur Général du Trésor réaffirme par écrit au Crédit Agricole la volonté de l'État malgache d'avoir une banque internationale de premier ordre pour remplacer le Crédit Agricole, et il relève que le consortium ne reflète pas cette qualité. Mais dans une lettre datée du 20 juin 2013, soit le lendemain même de la manifestation par les représentants de l'État de cette position, le Ministre des Finances écrit aux administrateurs de la BNI que l'État actionnaire n'a pas d'objection. Pour motif de ce changement de position de l'État actionnaire, le Ministre avance dans sa lettre que des documents et informations (lesquels ???) sont venues confirmer que les recommandations (lesquelles ???) de l'État Malagasy sont répondues.
 
Le deuxième revirement est encore plus étonnant, dans la mesure où il concerne tout un groupe de personnes qui change radicalement de position. Le 21 août 2013, la CSBF se réunit et, à l'unanimité de ses membres, oppose un refus déguisé à la demande d'agrément d'IOFHL en exigeant le maintien du Crédit Agricole ou d'une des 100 premières banques mondiales dans au moins 33% du capital de la BNI. Le 4 septembre, la CSBF se réunit à nouveau, convoquée en urgence. Pourquoi se réunir à nouveau sur un sujet déjà tranché ? Qui a demandé cette nouvelle réunion, qu'est ce qui justifiait l'urgence ? Est-il normal qu'une autorité de régulation semble ainsi se plier à des desiderata de vendeur ou d'acheteur ? Est-ce du racisme que de trouver particulièrement troublant le fait que la CSBF renverse quasi-totalement une décision prise quelques jours auparavant, et se contente soudainement d'un consortium n'incluant plus aucune banque ?
 
Il n'y a pas de fumée sans feu. Les pressions peuvent être de tout genre. Qui prend la peine d'approcher les personnes connaissant le dossier obtient en tout cas rapidement confirmation qu'il y eut pressions politiques de très haut niveau. Les très maladroites tentatives d'explication du président de la Transition ne font que le confirmer.
 
J'ai personnellement très longuement discuté avec l'ancien gouverneur de la Banque Centrale et président de la CSBF, Guy Ratovondrahona, le soir du jeudi 5 septembre 2013, soit le jour de l'annonce du brutal revirement de position de la CSBF. Il a reconnu sans ambages qu'il y avait des pressions politiques et qu'il avait essayé autant que possible de limiter les dégâts. Quatre jours après, il décédait dans son bureau par accident vasculaire cérébral. Difficile de ne pas se dire que ce décès a un rapport avec la contradiction qu'il ne pouvait manquer de percevoir entre le changement de décision de la CSBF et la véritable mission de celle-ci à laquelle il était très attaché. Paix à son âme.

Certaines personnes accusent carrément Hiridjee de blanchiment de capitaux. Ne s'agit-il pas là d'accusations graves et gratuites ?

Ce sujet est complexe. Il faut en particulier avoir à l'esprit que ce que l'on attend d'une banque "sérieuse" n'a cessé d'évoluer depuis 2001, sous la pression des États mais aussi de l'opinion internationale. Par exemple, le sujet de la fraude fiscale est une problématique relativement récente, beaucoup plus en tout cas que celui de la prévention du terrorisme qui était apparu après les attentats de New York de 2001 et pour lequel les réglementations des différents pays ont été mises en cohérence entre elles.
 
Une grande partie du malaise trouve son origine dans le fait que M. Hassanein Hiridjee ait acheté 10% des actions de la BNI à travers une société basée dans les Îles Vierges Britanniques. Les Îles Vierges britanniques sont considérées par la France et par le Premier ministre britannique David Cameron lui même comme un des territoires posant le plus problème par rapport aux questions de fraude fiscale1.
 
Il y a là de quoi intriguer. Je ne doute pas que la SFI2 (qui vendait les actions), le Crédit Agricole ou le Groupe Ciel ont pris des assurances que M. Hassanein Hiridjee n'a pas de lien avec le terrorisme. Mais se sont-ils sentis obligés de pousser leurs investigations plus loin ? On peut très sérieusement en douter. Aux yeux d'un Malgache, cela amène à reconsidérer d'un tout autre œil les discours de certaines institutions sur le caractère positif de leurs apports au développement des territoires. Sur le sujet, la SFI et Crédit Agricole SA donnent l'impression de se renvoyer la patate chaude : chacune des institutions fait comprendre qu'à partir du moment où l'autre n'avait pas d'objection, elle n'avait pas de raison de se montrer plus royaliste que le Roi3.

Est-ce que d'autres éléments de risque sont à relever ?

La plus grosse surprise pour beaucoup d'entre nous à l'intérieur de la BNI a été de découvrir l'ampleur de l'hostilité de nos clients à ce schéma de vente. En ce qui me concerne, je n'ai rencontré jusqu'ici qu'un seul client qui se montrait favorable au profil des membres du consortium. Et je n'accorde pas grand crédit aux déclarations du consortium comme quoi une tournée auprès des grands clients aurait permis de rassurer tout le monde.
 
On peut encore comprendre que des grands groupes internationaux ne soient pas à l'aise à l'idée de traiter avec une banque de taille modeste. Mais la surprise à l'intérieur de la surprise fut de découvrir que l'hostilité la plus forte au projet du consortium vient des membres de la communauté karana (indo-pakistanaise). Paranoïa ou réalité ? l'on découvre des karana qui, semble-t-il par crainte, évitent d'être abonnés Telma ou Moov. Et il devient difficile de dénombrer ceux qui menacent de transférer leurs comptes en dehors de la BNI ou qui le font effectivement.
 
Deux explications possibles à tout cela : la première, c'est qu'à tort ou à raison (et j'ai tendance à penser, plutôt à raison), M. Hassanein Hiridjee passe pour un homme d'affaire dur, très dur. Trop dur ? Le nombre de cas de conflits autour du foncier ne plaide en tout cas pas en sa faveur.
La deuxième, c'est que la présence au sein du capital d'une banque d'un opérateur économique actif dans beaucoup de secteurs d'activité inquiète les clients, qui se demandent si la politique de crédit n'en sera pas affectée, ou si la confidentialité des informations les concernant pourra être préservée.
 
N'oublions surtout pas que la relation banque-client, c'est une question de confiance.

Les actions et l'avenir

As-tu essayé d'en savoir plus ?

Lorsque tout le monde fait semblant de regarder ailleurs, vous êtes obligés de regarder par vous même. En tant que salarié de la BNI, j'ai rencontré deux fois MM. Dalais et Hiridjee, dont une fois en l'absence de toute autre personne.
 
J'ai lourdement insisté sur mes préoccupations sur les questions de conformité, sur l'origine des fonds et sur le besoin d'une identification claire des ayant-droits économiques4.
 
En toute franchise, je leur ai dit : Votre projet peut m'intéresser, et je serais prêt à y participer s'il y a des engagements clairs sur le respect de la conformité, l'éthique, le maintien de la vigilance sur l'origine des fonds comme le pratique le Crédit Agricole. On m'a donné des assurances, on m'a dit qu'il y aurait des éclaircissements, des engagements par écrit.
 
Cela fait déjà plusieurs mois, rien n'est venu. Les bizarreries sur le dossier BNI, elles, se sont multipliées. Plus embêtant encore pour moi, j'ai des indices assez sérieux qu'on ne m'a pas dit la vérité sur l'origine des fonds et les véritables ayant-droits économiques de l'opération. Ce genre de soupçon oblige un banquier à interrompre la relation : le principe est "dans le doute, abstiens-toi".

Que penses tu personnellement de Hassanein Hiridjee ?

Nous nous connaissions avant, par des relations communes. C'est quelqu'un de sympathique, intelligent, cultivé et qui sait faire passer ses convictions. On se tutoie, je n'ai vraiment pas de problèmes relationnels avec lui.
 
On n'a sans doute pas la même approche des affaires. Après mes études, je suis rentré à Madagascar pour participer à l'aventure d'une BNI privatisée, c'est à dire une institution débarrassée des influences politiques et des risques de copinage. Lui, cherche à avoir le tso-drano des autorités.

Vous êtes nombreux au sein de la BNI à avoir ces doutes ?

Des dizaines de cadres de la BNI ont écrit à la direction générale pour marquer leur préoccupation et demander l'examen de la situation au cours d'une réunion du comité d'audit. Les représentants du personnel et les délégués du personnel ont également fait part de leur préoccupation.
 
Le Crédit Agricole a réaffirmé solennellement ses engagements en matière de respect de la loi et des décisions des autorités malgaches.
 
Mais bien évidemment, des questions parmi les plus importantes ne pourront être répondues que par les autorités malgaches et par le consortium.

Y a-t-il des alternatives possibles à ce consortium ?

Très vraisemblablement, y compris des banques. Mais juridiquement, aucune avancée n'apparait possible avant la fin officielle de la phase d'exclusivité de négociation entre Crédit Agricole et IOFHL.
 
Je n'ai pas de préférence pour un candidat particulier. Les petits actionnaires de la BNI estiment que pour éviter toute suspicion d’interférences extérieures dans les relations de la BNI avec sa clientèle, aucun groupe économique exerçant des activités commerciales, industrielles, agricoles ou immobilières significatives à Madagascar ne devrait détenir directement ou indirectement plus de 5% du capital de la banque.

Que souhaites-tu ?

Je n'habite pas au pays des bisounours. Madagascar ne peut pas, du jour au lendemain, devenir un pays parfait. Il faudra peut-être passer l'éponge sur certaines choses du passé, sans doute faire des compromis.
 
Mais en ce jour particulier, le pays se trouve semble-t-il devant une de ses dernières chances d'opérer un sain reboot. L'affaire BNI aura une signification particulière dans ce contexte. J'espère tout simplement que l'on laissera des institutions comme la CSBF et le Conseil d'État faire leur boulot normalement, et que le Crédit Agricole assumera vraiment sa part de responsabilité sociétale.

Tu gardes espoir ?

Indubitablement. À mes yeux, c'est du 50/50.

[Lyrics]


  1. Il ne faut pas confondre la fraude fiscale et l'optimisation fiscale qui consiste pour des entités à utiliser des techniques légales pour payer le minimum d'impôts (les plus célèbres pour leurs performances dans ce domaine sont les acteurs des nouvelles technologies comme Apple, Google ou Amazon). ↩

  2. Société Financière Internationale, filiale de la Banque Mondiale chargée du développement du secteur privé, notamment par l'octroi de prêts ou de prises de participations dans des sociétés du secteur privé.  ↩

  3. Sur ce point, je fais une distinction assez nette entre Crédit Agricole SA et la Caisse Régionale de Crédit Agricole de La Réunion qui, au vu de l'évolution de la situation, a fait montre de beaucoup plus de prudence en se retirant du consortium des acheteurs potentiels. ↩

  4. Ayants-droits économiques : véritables propriétaires d'une chose, lesquels ne peuvent être que des personnes physiques.
    Au sens de la lutte contre le blanchiment : "Certes, la banque peut présumer que le partenaire contractuel et l’ayant droit économique ne font qu’un. Cette présomption est toutefois détruite si la banque a des doutes ou dispose d’indices indiquant que le cocontractant n’est pas identique à l’ayant droit économique." ↩

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 Ma compréhension d'Apple

Relisant quelque jours après une note de blog écrite par Jean Louis Gassée, note à la confluence de la technologie et des finances et qui ne pouvait donc me laisser indifférent, j'ai laissé le commentaire suivant que je traduis :

Comme vous dites, pour certains analystes de Wall Street, Apple peut présenter des ressemblances avec certains studios de cinéma qui sont trop dépendants de la popularité d'une petite poignée de vedettes.

Mais cette poignée de vedettes n'est plus si étroite que ça ; et même privée de Steve Jobs et de sa légendaire capacité à dévoiler des produits « révolutionnaires », Apple semble actuellement particulièrement forte pour pousser chaque année sa ligne de produits un peu plus loin chaque année : http://www.marco.org/2013/11/13/significantly-hotter

Apple n'est pas une firme qui fait des produits « révolutionnaires ». Elle n'a pas « inventé » l'ordinateur personnel, les interfaces graphiques, le lecteur MP3, le smartphone ou la tablette… Sa grande force est sa capacité à se concentrer sur les fonctionnalités qu'elle estime essentielles et à soigner tous les détails autour afin d'arriver à pousser chaque objet beaucoup plus loin.

J'avoue que j'ai du mal à me retenir d'acheter un exemplaire de tous les produits qu'ils ont annoncé récemment.

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 « Droit » et état de droit

Commentaire actuellement en attente de modération chez Zo Razanamasy suite à la décision de la Cour électorale spéciale (CES) de rejeter sa requête de demande d'annulation de la candidature de Hery Rajaonarimampianina.

Zo, je suis moi aussi un relatif profane en droit. Mais il y a une leçon essentielle que j’ai retenu assez vite : le droit et la morale sont deux choses différentes.
Ex : Maître Eolas, pièce n°1
Maître Eolas et Mamod Taki, pièce numéro 2.

Après quelques temps de perplexité, on se dit finalement que c’est très bien comme ça, et que c’est même une des caractéristiques clés de l’état de droit : il vaut bien mieux avoir affaire à un adversaire très fort en techniques et artifices juridiques qu’à un de ces juges qui décident sur des critères sentimentaux comme on les rencontre un peu trop souvent chez nous.

Tu vois ce qu’il te reste possible de faire… Attaquer au pénal les auteurs directs des actes (s’ils peuvent être clairement identifiés), ou demander l’annulation de voix au deuxième tour… J’imagine que ni ton temps, ni celui de Me Jacques Rakotomalala ne sont gratuits et qu’il faut peser le coût que représente le fait d’être patriote…

J'ajouterais qu'à partir du moment où un juge est soupçonnable de chercher à faire plaisir, il devient soupçonnable d'être achetable. En détournant la citation de John Kenneth Galbraith, on pourrait dire : Un juge n'a pas à être populaire. En fait, dans un solide état de droit, chaque juge devrait être détesté par la moitié de la population.

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 #mdg2013 La CENIT prend son temps ? pas de quoi en faire un drame

Il y a actuellement un brin de nervosité autour de la remontée des résultats électoraux à Madagascar. Ça me rappelle quelques vieux souvenirs. De mauvais souvenirs.

Qui sait ? Madagascar aurait peut-être pu éviter deux crises majeures si :

  • la liste des électeurs avait été arrêtée à l'avance,
  • certaines personnes avaient lu ce document (PDF).

Pas trop de regret à avoir cependant. Aucune donnée sur la liste électorale n'était disponible à l'avance, et le document cité ci-dessus n'a été publié qu'en Juin 2002.

En 2002, les délicates questions qui s'étaient posées aux observateurs des élections étaient celles-ci :

  • comment avoir une bonne idée de ce qui s'est effectivement passé dans les bureaux de vote où on n'arrive pas à être présent ? même lorsqu'on a des données pour près de 74% des bureaux de vote, peut-on généraliser le résultat à tout le pays ?
  • même s'ils se présentent comme indépendants, les observateurs sur terrain et les gens qui font ensuite la compilation des données sont-ils vraiment plus honnêtes que ceux qui le font pour les autorités ?

Si l'objectif n'est pas de déceler toutes les fraudes (mission quasi-impossible), mais d'avoir une assurance suffisante qu'il n'y a pas eu de manipulations dans la remontée des résultats qui pourraient complètement fausser les résultats (comme on l'avait suspecté en 1996 et 2001), il n'est plus nécessaire aujourd'hui de se torturer avec ce genre de questions .

À partir d'un nombre limité de résultats de bureaux de vote, à peu près correctement répartis dans l'espace, il est possible d'avoir une bonne idée du résultat final : la méthode consiste à extrapoler les informations sur le nombre de voix dans chaque district proportionnellement aux informations sur le nombre d'électeurs inscrits dans chaque district.

J'ai fait une telle projection avec les données de la Cenit dimanche soir, qui sur la base de 1395 bureaux de vote, affichait alors Jean Louis Robinson à plus de 30%. La baisse de ce score était déjà prévisible.

Avec la même méthodologie, j'ai refait une telle projection avec les données de la Cenit de ce mardi vers 18h30.

Candidat Traitement à partir données dimanche 27 vers 18h00 Traitement à partir données mardi 29 vers 18h30
1 RAVALISAONA Clément Zafisolo 0,59% 0,92%
3 RAJAONARIMAMPIANINA RAKOTOARIMANANA Hery Martial 15,49% 15,62%
4 RABEHARISON Roland Dieu Donné dit VAHÖMBEY 0,52% 0,63%
5 RATSIRAKA Iarovana Roland 8,62% 8,53%
6 ANDRIANAINARIVELO Hajo Herivelona 9,28% 10,20%
7 RAKOTO ANDRIANIRINA Fetison 0,63% 0,91%
8 RABEMANANANTSOA Brigitte Ihantanirina 1,03% 1,27%
9 RADAVIDSON ANDRIAMPARANY Benjamin 2,16% 2,30%
10 VITAL Albert Camille 7,57% 7,45%
11 RAKOTO Jean Pierre 0,21% 0,22%
12 DOFO Mickaël Bréchard 0,23% 0,31%
13 RANDRIAMAMPIONONA Joseph Martin dit DADAFARA 3,13% 2,68%
15 RAJAONARY Patrick Ratsimba 0,59% 0,75%
16 RABEHARISOA Saraha épouse GEORGET 4,67% 4,67%
18 TINASOA Freddy 0,18% 0,20%
19 RAZAFIARISON Laza 0,85% 0,85%
20 MONJA Roindefo Zafitsimivalo 1,05% 1,42%
22 TEHINDRAZANARIVELO Djacoba Alain 0,49% 0,53%
23 RAJEMISON RAKOTOMAHARO 0,66% 0,82%
25 LAHINIRIKO Jean 0,62% 0,78%
27 VONINAHITSY Jean Eugène 1,50% 1,75%
28 RAJAONARIVELO Pierrot Jocelyn 3,32% 2,75%
31 RANDRIAMANANTSOA Tabera 0,73% 0,80%
32 RATREMA William 1,79% 2,07%
33 ROBINSON Jean-Louis Richard 24,64% 22,36%
34 RAZAFINDRAVAHY Edgard 5,24% 4,57%
35 RAHARIMANANA Venance Patrick 0,32% 0,41%
36 RATRIMOARIVONY Guy 0,21% 0,23%
37 RAZAFIMANAZATO Julien 1,30% 1,51%
38 RATSIMBALSON Faharo 0,35% 0,52%
39 RABETSAROANA Willy Sylvain 1,23% 1,30%
40 NOELSON William 0,57% 0,41%
41 LEZAVA Fleury RABARISON 0,22% 0,24%

Les résultats me paraissent remarquablement stables entre ces deux traitements, et si les résultats finaux s'écartent beaucoup de ces chiffres, il y aura vraiment de quoi s'étonner…

Il n'y a plus de suspense à mes yeux. Là où ça devient vraiment intéressant, c'est qu'il doit être possible d'annoncer les résultats du deuxième tour dès le lendemain de celui-ci. Une tâche largement à la portée d'organisations comme Zahavato ou Andrimaso, et de quoi nous éviter des crises (si ce n'est post-électorales, au moins de nerf).

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 #mdg2013 Code de traitement informatique

#!/bin/bash
#
# cenitdistricttotext
#
# Script qui convertit les fichiers PDF par région / district de la CENIT
# en un fichier plat plus facilement exploitable
#
# Copyright 2013 Barijaona Ramaholimihaso (http://blog.barijaona.com)
#
#  Licensed under the Apache License, Version 2.0 (the "License");
#  you may not use this file except in compliance with the License.
#  You may obtain a copy of the License at
#
#  http:#www.apache.org/licenses/LICENSE-2.0
#
#  Unless required by applicable law or agreed to in writing, software
#  distributed under the License is distributed on an "AS IS" BASIS,
#  WITHOUT WARRANTIES OR CONDITIONS OF ANY KIND, either express or implied.
#  See the License for the specific language governing permissions and
#  limitations under the License.
#

# référence technique pour les choses les plus mystérieuses : sed one liners http://sed.sourceforge.net/sed1line_fr.html
# et/ou http://www.corporesano.org/doc-site/grepawksed.html

Filename="consolidation.txt"
rm -f $Filename

#
# on part d'un fichier PDF par région
# à récupérer avec un aspirateur de site Web comme SiteSucker
# L'adresse à aspirer est http://www.cenit-madagascar.mg/res/Recap_Region_.php
#

for i in *.pdf
do
    # récupérer dans un fichier temporaire la conversion en texte du PDF
    #
    # pdftotext est une petite partie du package Xpdf http://www.foolabs.com/xpdf/home.html
    # Mac OS X version : http://www.bluem.net/en/mac/packages/ 
    pdftotext -enc UTF-8 -nopgbrk "$i" buffer.txt

    # récupérer les lignes contenant 'Votants', 'obtenues' ou 'Total'
    egrep -e .*Votants.* -e .*obtenues.* -e .*Total.*  buffer.txt |\
    # éliminer les données après tout signe %
    # (c'est les numéros des candidats et autres choses qui prêtent à confusion à cause des sauts de pages)
        sed  's@%.*@%@g' |\
    # fusionner les lignes commencant par un chiffre avec la ligne précédente
    # (ruptures de données provoquées par les sauts de pages)
        sed -e :a -e '$!N;s/\n\([0-9]\)/ \1/;ta' -e 'P;D' |\
    # fusionner les lignes deux à deux
        sed '$!N;s/\n/ /'|\
    # supprimer éventuellement le nom de la région qui reste souvent accroché au premier district
        sed 's@REGION: \(.*\)District:@District:@' |\
    # remplacer l'espace après "District:" et l'espace avant "Inscrits:" par une tabulation
        awk '{ gsub("District.?.", "District:\t") ; print $0 }' |\
        awk '{ gsub(" Inscrits:", "\tInscrits:") ; print $0}' |\
    # mettre en début de ligne le nom de la région et une tabulation
        awk -v region=`basename "$i" pdf` '{printf region; printf "\t" ; print}' >> $Filename

    # TODO : non parfait
    # vous aurez à redistribuer dans Excel ou Open Office la colonne 4 en précisant comme séparateur l'espace
    # puis, à supprimer les colonnes non pertinentes
done
rm buffer.txt
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 #mdg2013 Lettre ouverte à Mme Béatrice Atallah

Initialement paru sur Madagascar-Tribune.com le 28 octobre 2013

Madame,

J’ai été interloquée par une de vos déclarations rapportée par l’AFP : « Je ne sais pas d’où peuvent venir les fraudes ». Ces propos étaient-ils seulement maladroits ou traduisaient-ils le véritable fond de votre pensée ? Toujours est-il que je n’ai pu m’empêcher de penser : « que de certitudes aveugles ! ou alors quel cruel manque d’imagination ! ». Je sais de vous fort peu de chose, si ce n’est que vous êtes magistrate. Je ne sais si vous avez exercé plutôt dans le domaine pénal ou dans le domaine administratif, mais quoi qu’il en soit, vous ne pouvez ignorer que la quasi-totalité des fraudes trouvent leur origine dans l’exploitation par des personnes malintentionnées des faiblesses d’un système.

Je ne dis pas qu’il y a eu beaucoup de fraudes ce vendredi, mais je ne peux vous laisser dans l’ignorance que des faiblesses existent toujours, et il est malheureux que ce soit dans deux domaines dont on savait pertinemment qu’ils étaient déjà fragiles :

  • l’établissement de la liste électorale
  • les opérations d’après scrutin

Oui, la loi dit que tout électeur doit vérifier son inscription sur la liste électorale, et que l’absence de vérification entraîne ipso facto la perte de tout droit à réclamation. Mais la loi dit aussi qu’un avis de la disponibilité de la liste électorale auprès des fokontany doit être affiché aux bureaux des services publics de la localité et aux principaux points de rassemblement. Je n’ai rien vu de tel dans les bureaux de poste, les bureaux de la CNaPS, dans les dispensaires publics ou à proximité des arrêts de taxi-be ou des marchés. Sur les médias audio-visuels, le timing des campagnes de sensibilisation était tout simplement incongru. Aux moments clés, pas un seul spot pour dire que c’était le moment de se précipiter auprès du fokontany pour vérifier la liste définitive.

Personnellement, je ne l’ai appris que par lecture attentive des journaux et écoute des longs journaux de la RNM. Plus tard, vous avez aussi déclaré qu’il ne restait que quelque jours pour aller au district afin de vérifier que son nom était bien inscrit, mais qui a entendu votre message, et combien de paysans auront eu le temps de se déplacer jusqu’au chef lieu de district ? Je n’ai entendu de réels spots de sensibilisation à la vérification de la liste électorale que lorsque cette liste était déjà close : argent jeté par la fenêtre et « médecin après la mort » comme le dit l’expression populaire…

Quant aux opérations d’après scrutin, elles ne donnent pas l’impression d’avoir évolué dans le bon sens. Je suis régulièrement scrutateur dans mon quartier1 pour toutes les élections importantes depuis 1993. Je n’ai jamais trouvé le processus aussi fragile que cette année. Certes, il y a des progrès, comme le système de fermeture des plis, plus pratique et sans doute plus fiable que les cachets d’antan, ou encore la lampe à LEDs fournie par la CENIT qui permet de travailler un peu plus confortablement lors de l’établissement des PVs. Mais malgré la meilleur volonté du monde, les membres du bureau de vote étaient à la peine : ils avouaient n’avoir reçu qu’une heure trente de formation, et devaient sans cesse se référer à un livret d’instructions pas si explicite que cela. Aberration, la contexture des documents laissait croire que les scrutateurs devaient signer le PV avant que les mentions sur le nombre de voix de chaque candidat soient complétées. Beaucoup l’ont d’ailleurs fait et sont partis tout de suite après… et ils ont peut-être eu « raison » de procéder ainsi, car, pour moi qui par déformation professionnelle refuse de signer un document incomplet, les opérations n’étaient finies qu’à 22 heures 30 ! Évidemment, il n’y avait plus grand monde dans le bureau de vote à ce moment là pour vérifier qu’on ne substituait pas des documents, substitution d’autant plus facile qu’avec le nombre d’exemplaires nécessaires, le papier autocopiant montrait ses limites. Heureusement pour moi, j’ai l’habitude de me coucher tard…

Quant aux délégués des candidats, ne comptons pas sur eux… Il n’y en avait que deux dans le bureau de vote où j’ai déposé mon scrutin (pourtant situé dans la capitale), et l’un est parti dès 19 heures…

Au final, Madame, tout cela donne l’impression que la CENIT s’est particulièrement attachée à soigner certains aspects directement visibles par les électeurs, mais que ce que l’on pourrait appeler le back-office2, c’est à dire la logistique du bureau de vote à l’issue du scrutin, a été un rien négligée, tant en ce qui concerne son organisation que sur la communication autour. J’espère que vous serez attentive à redresser cela.

Cordialement,

Barijaona Ramaholimihaso


  1. Note qui parait nécessaire vu les questions qui m’ont été posées sur les réseaux sociaux : la tâche de scrutateur n’a absolument rien à voir avec la tenue du bureau de vote et est ouverte à tout citoyen volontaire qui est présent au moment des opérations de comptage de voix. ↩

  2. Appellation à moitié satisfaisante ici, car ces opérations doivent être faites en public, mais vu que le public était depuis longtemps parti se coucher… ↩

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 Après Google Reader, quelles alternatives ?

Google Reader est bientôt mort, et l'on doit se poser la question : pourquoi avoir utilisé Google Reader plutôt qu'un aggrégateur local de fils RSS ? Dans mon cas, je vois quatre justifications possibles à l'utilisation de Google Reader pour la collecte des fils RSS. Par ordre décroissant d'importance :

  • La mobilité : il existe quelques sites que je veux pouvoir suivre en déplacement avec tous les moyens informatiques disponibles, qu'il s'agisse d'un ordinateur emprunté quelques minutes dans un lieu de passage, d'une tablette ou d'un smartphone, et pour lesquels il est bien commode de synchroniser l'état de lecture entre les différents appareils utilisés ;
  • Le souci de discrétion : une connexion sécurisée (https) vers Google.com est moins révélatrice qu'une connexion directe (et qui plus est non sécurisée) vers un site susceptible de déplaire à votre gouvernement ou à tout autre organisme qui prétend vouloir votre bien (et qui pourrait confondre facilement votre bien ou celui de la communauté avec le sien). Cette approche n'a cependant de sens que pour les cas où l'on peut faire raisonnablement confiance à Google. Or, le halo croissant de mystère autour de cette société doit faire s'interroger de plus en plus sur l'équilibre entre avantages et inconvénients.
  • Plus marginalement, la courtoisie envers certains sites : envoyer une requête à Google plutôt que directement à ces sites permet de mutualiser l'utilisation de leur bande passante. Si vous envoyez à un site une requête toutes les cinq minutes alors qu'il publie seulement une fois par semaine, c'est que vous êtes un sagouin qui n'a pas vraiment réfléchi sur l'utilité des flux RSS. En passant par Google Reader, vous reportez sur la société de Mountain View la responsabilité de réfléchir.
  • Ce n'est pas mon cas, mais certaines personnes peuvent être confrontées à des sites particulièrement bavards, qui nécessitent une collecte permanente des articles publiés. Un serveur allumé en permanence est la meilleure solution dans de tels cas.

Il fut un temps où je lisais tous mes flux en allant les chercher chez Google. Depuis le début de 2013, et même en tenant compte des raisons cités plus haut, moins de 10% des flux que je lis passent par Google. Ajoutons que je n'ai jamais utilisé l'interface web de Google Reader qu'à titre de solution de dépannage temporaire, car un client RSS dédié est bien plus réactif et sollicite moins la bande passante. C'est encore mieux lorsque ce client est capable de stocker les images afin de les afficher même en l'absence de connexion.

Il n'empêche que Google Reader ferme le 1er juillet, et l'on ressent comme un manque. Vers quoi se tourner ?

Pour beaucoup, l'alternative s'appelle Feedly. Feedly a gagné 500.000 utilisateurs dans les 48 heures qui ont suivi l'annonce de l'arrêt de Google Reader, et cela n'a rien d'étonnant : le produit est séduisant à l'oeil et plutôt bien fait. De plus, Feedly a été un des premiers services à annoncer qu'il s'efforcerait de reproduire l'API de Google Reader, ce qui ne peut qu'intéresser tous les développeurs de clients RSS comme moi.

Mais à titre personnel, je crains que Feedly ne soit pas le produit qui s'adapte à mes besoins :

  • l'accès est largement moins universel que je ne le voudrais. Pour le moment, l'accès à Feedly n'est possible qu'après l'installation d'une application dédiée pour iOS ou Android ou d'une extension spécifique à certains navigateurs web (Safari, Firefox ou Chrome seulement).
  • le business model de Feedly est encore plus mystérieux que celui de Google. Maintenir des serveurs pour satisfaire des utilisateurs coûte de l'argent, qu'entend faire Feedly pour faire bouillir la marmite ? Quelles seront plus tard les contreparties à payer pour ces "clients" ? ("clients" est mis ici entre guillemets, car le vrai client est celui qui paye en argent sonnant et trébuchant).

Ce billet devait traiter des petites astuces nécessaires pour mettre en place une installation de Tiny Tiny RSS. Mais il m'est entretemps apparu que NewsBlur.com était une meilleure alternative.

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 Remembering the days of doom

I am often amused and sometimes irked by financial "analysts", "tech pundits" and social networks comments about Apple being cornered by competition, losing its sense of innovation, and so on...

Countering these comments was not on my priority. Thanks to Timothy Pereira for gathering the demonstration that we are hearing the cover of an older song.
Real life is more complicated than A + B. Like any firm, Apple is reinventing itself ; the only real "problem" is that outsiders don't know yet how this is being done.


Why Apple Is Losing Its Appeal Again
by Sam Jaffe, published in BusinessWeek - Dec. 11, 2000

Investors may be asking themselves what Apple can do to revive its fortunes. The likely answer, unfortunately, is that Steve Jobs has no white rabbits left in his hat. Apple appears to be facing a dead end in its business growth, the victim of mismanagement and unmitigated hubris.

Technology's walking dead
by Michael Kanellos, published in ZDNet - Jan. 5, 2001

2004: Apple - Watch for the big fire sale. Pretty designs and overpriced blue plastic can only get you so far.

Mac G5: Too Little, Too Late
by James Maguire, published in NewsFactor - Jun 12, 2003

Looking at the future of the PC market, Apple's premium pricing structure becomes ever more outdated. A few years downstream, Linux desktops will force Windows to get cheaper. At that point even Windows boxes, seriously cheaper than Apple, will be in the "too expensive" category.

Will the iPod Become the Next Pet Rock?
by Paul Thurrott, published in Connected Home Magazine - Sep 15, 2004

Apple's short-term success is very real and quite admirable, but the company's inability to see coming trends in video, subscription content, and interoperability suggests that Apple is repeating the mistakes of the past. In the 1980s, the Mac held an early lead over the PC but was quickly buried after the industry standardized on a common Microsoft technology. Today, that series of events is repeating itself, and online music services -- and to a greater degree, the digital delivery of all media types -- is very much at a nascent stage. If Apple doesn't change its ways, the company simply won't survive.

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